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CULTURE BISTRO
>> Cafés et belles
lettres
Daniel Carton, les bonnes tables et
la politique (sept.2007)
Il vient de sortir Une campagne Off chez
Albin Michel, ou la “chronique interdite de la Course à l’Elysée”.
Au fil de ses ouvrages, Daniel Carton, ancien journaliste
politique du Monde et du Nouvel Obs, s’emploie à dénoncer
les errements et les liaisons incestueuses entre personnel
politique et personnel médiatique, symbolisés
par ce fameux "Off". Ce mot,
que tous les journalistes connaissent et qui signifie à la
fois l’entre-nous
complice et le mur où s’arrête la Vérité.
Un Off qu’on pratique évidemment sur les tables
parisiennes … que Daniel Carton connaît bien.
Petit tour parisien des adresses politiques.
La politique a toujours eu ses bonnes tables ?
Jusqu’à la fin de la IVe
République,
il y avait Lipp et Lucas Carton, place de la Madeleine, plutôt à droite.
Lipp, c’est la réconciliation de Pompidou et
de Giscard, c’est là que Mitterrand a appris
la mort de Pompidou en 1974. Lapérouse, était
une grande adresse gaulliste, car c’est là que
le Général a remonté le RPF. Les restaurants
les plus courus ont toujours été proches de
l’Assemblée, par exemple Chez Françoise,
l'enseigne la plus discrète sous les Invalides ou
Tante Marguerite rue de Bourgogne, table préférée
de Rocard. Rue du Bac, on trouve la Ferme Saint-Simon du
mari de Denise Fabre ou l'atelier Robuchon qui attire
les femmes qui ne veulent pas prendre un gramme.
L’annexe du Sénat s’appelle la Méditerranée,
place de l'Odéon. Le Fouquet's va sans doute redevenir
la table à la
mode.
Existe-t-il de nouvelles
adresses qui se sont dégagées
ces dernières années?
Les Costes ont gagné leurs galons
dans la politique, leurs établissements ont pris le
relais des établissements
traditionnels. Cela a commencé avec l’Avenue
si bien placée, au coin de la rue François
1er entre RTL et Europe 1, où l’on se
retrouve après les interviews du matin pour un petit-déjeuner… S’est
ajouté à cela l’Esplanade devant les
Invalides. Et puis les politiques ne se laissent plus aller
sur le pinard ou le tablier de sapeur, aujourd'hui ils payent
pour ne plus manger. Et chez les Costes, ils sont servis.
Tout comme au premier étage du Flore, où l’on
peut déjeuner d’une salade légère
et chère.
Y-a-t-il des tables de droite
et des tables de gauche ?
Disons
que les socialistes apprécieraient les cafés
de la Rive gauche, Deux Magots ou Flore, tandis que
la droite se tourne davantage vers les buffets des grands
hôtels comme le Georges V, le Bristol ou le Plazza
Athénée, ou encore le Hyatt de la rue de la
Paix. Les restaurants des grands hôtels demeurent les
favoris aujourd’hui plus que jamais. Y compris pour
les petits-déjeuners.
Y-a-t-il une raison particulière à cela ?
Dans
un grand hôtel, il y a de la place entre les
tables, on peut donc discuter sans être entendu, ne
pas être filmé par un téléphone
portable voisin. Mais il faut faire attention dans ce genre
d’endroit au moment où l’on est servi
car certains employés ont d’autres appointements …
Bon mais dans les hôtels, il y a aussi des chambres ?
Oui,
certaines servent de lieu de rencontre pour des 5 à 7
comme le Raphaël par exemple.
Les hommes politiques payent-ils
toujours leurs additions ?
Il y a eu une époque où le liquide leur coulait
des doigts, notamment avec les fonds secrets des ministères,
il n’y avait pas de problème. Certains avaient
l’habitude de ne pas y penser… Mais Mitterrand
dans un restaurant, quelle retombée pour le restaurateur !
D’autres, tels que Jack Lang, à force d’abuser étaient
devenus la hantise des restaurateurs.
Et les habitudes culinaires des
uns et des autres ?
Comme
chacun sait Mitterrand était un gourmet capable
d’aller déjeuner d’un coup d’hélicoptère
en Provence. Il a pas mal fréquenté la Gauloise
ou le Divellec réputé pour son poisson, à la
sortie duquel Mitterrand sera surpris par les photographes
de Paris Match avec Mazarine. Chirac, lui, c’est plutôt
la Brasserie. Il emmenait son petit-fils bruncher le dimanche
chez l'américain Joe Allen près des Halles.
Quant à Nicolas Sarkozy, c’est salade au vinaigre
balsamique et pas une goutte de vin…sauf quand il
fait campagne auprès des vignerons.
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