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CULTURE
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>> Cafés et
belles lettres
Les petits rades d'Audiard
Qui
oubliera la dégustation du tord-boyaux des Tontons
flingueurs ? Michel Audiard a dialogué près
de 100 films. Avec des répliques ancrées
pour toujours dans les mémoires. Mais certains
de ses livres sont bien plus noirs que les dialogues
de ses films. Exemple "La Nuit, le
jour et toutes les autres nuits", paru
en 1978, où il relate ses errances dans un Paris
peuplé des fantômes de sa jeunesse. Une
façon d’exorciser, la mort de son fils,
François, dans un accident de voiture en 1975.
Du coup, il replonge dans le XVIème arrondissement
de sa jeunesse où les petits rades de quartiers
ne comptent pas pour du beurre. Tout lui rappelle les
abjections de la libération et la disparition
de ses amies, putain ou fille de bougnats tondues, humiliées,
assassinées.
« …Je dis
de plus en plus de choses blessantes pour faire chier
les gens ! Personne ne vaut rien ! Ils ont tué
Myrette, tondu Quenotte, torturé la vieille marchande
de coco, essayé de me faire mourir de chagrin.
Je peux plus les piffer ! C’est pour ça
je voudrais tant que la Super H leur pète dans
la gueule ! Je fais des prières pour ça,
les soirs où je passe par Saint-Sulpice. »
Quenotte est la fille d’un bougnat de la rue Saint-Jacques
originaire comme beaucoup d'entre eux d’Espalion
(Aveyron).
Elle sera généreuse avec Audiard et ses
copains durant la Drôle de Guerre avant d’en
pincer durant l’Occupation pour un feldgrau autrichien.
Rasée sous les marronniers du boulevard Arago.
Et Myrette, sa pute chérie massacrée dont
Audiard raconte l’épopée nocturne
pour transporter son corps dans un Paris libéré.
Avec sa description de l’Ancien, un petit bistro
de copains du 14ème arrondissement, où,
raconte-t-il, il passa toutes ses nuits jusqu’en
1955, Audiard donne quelques clés pour comprendre
le fonctionnement d’un rade et la façon
dont ses personnages –patron ou clients- nous
habitent à notre insu.
«Avec vingt clients,
la cahute était presque pleine, mais rien que
des amis, des gens diserts et courtois, au timbre un
peu voilé, comme sont les buveurs d’absinthe.
J’ai eu le loisir de les étudier. Les habitués
du vermouth et surtout du blanco sont volontiers vétilleux
et croasseurs, alors qu’on reconnaît à
une sorte de phrasé soyeux les gentils buveurs
de «verte». Aussi au regard, pas comme tout
le monde. Les yeux toujours un peu au loin, comme s’ils
voyaient des choses sur les murs. Moi je voyais très
distinctement l’île d’Ouessant.
»
Et puis il y a le patron, hanté par les souvenirs
de sa femme et de son fils tués dans le déraillement
du Paris-Hendaye, et devenu radoteur à grands
coups de pastis après la mort de son vieux bouvier
des Flandres. Une façon de nous dire qu’il
y a des disparitions dont on ne se remet pas.
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Les
Tontons Flingueurs : dégustation d’anthologie
«Tiens vous
avez sorti le vitriole !
- Pourquoi vous dites ça ?
- Ca a l'air honnête !
- Sans être franchement malhonnête, au premier
abord, comme ça il a l'air assez curieux
- Y date du mexicain, du temps des grandes heures, seulement
on a du arrêter la fabrication, y a des clients
qui devenaient aveugles, alors ça faisait des
histoires !
- Faut reconnaître, c'est du brutal!
- Vous avez raison c'est du curieux !
- J'ai connu une Polonaise qu'en prenait au petit déjeuner
..., faut quand même admettre, c'est plutôt
une boisson d'homme !»
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