>>La volaille française bat de l'aile (juin 2011)
C'était fête à Rungis ce 23 juin pour l'inauguration officielle du nouveau pavillon de la Volaille par Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat chargé du Commerce. C'est un ballet de danseurs, que n'aurait pas renié Jacques Demy, qui a symbolisé le passage de l'ancien au nouveau pavillon de la volaille. Un équipement plus grand (18 750 m2 de surface, dont 16 000m2 pour le pavillon VG1 et 2 750 m2 pour la plateforme logistique) et mieux réfrigéré avec des accès facilités. Montant de l’investissement : 22 millions d’euros.

Frédéric Lefebvre a pu notamment tâter de la Pintade de Bresse et se faire expliquer les subtilités de la présentation d'un bon plumage qui respecte les normes européennes. A 3°, il fait un froid de canard dans le nouveau pavillon de la volaille, mais comme l'explique un grossiste, « les clients apprécient, car c'est la garantie que le produit se tienne mieux et plus longtemps.» Ah ! la fraîcheur, c’est une des cartes maîtresse de Rungis.

Question discours, après les satisfactions d'usage sur la réalisation de l'équipement, Marc Spielrein, le PDG de la Semmaris en charge du marché de Rungis, a insisté sur le bon accueil du nouvel équipement par les clients. A preuve pour le mois de mai 2011, le tonnage vendu en plus par rapport à mai 2010 serait en hausse de 16%. «Le Pavillon de la volaille contribue à la mise en valeur exceptionnelle de la filière française» a expliqué en substance le président de la Semmaris.
Son de cloche un peu différent du côté des grossistes de la volaille et notamment du président du syndicat des grossistes, Marc Hervouet. «La filière française possède de nombreux atouts mais souffre aussi face à une concurrence européenne exacerbée» a-t-il expliqué.
Selon lui, alors que la consommation de viande baisse, celle de volaille continue de croître dans le monde. Mais le dynamisme du marché français de la volaille (+5,5% en 2010) profite peu à la production française qui n'a augmenté que de 1,8% en un an. «Pire entre 2001 et 2010, la production française a chuté de 20% alors que dans le même temps, la production européenne augmentait de 13% et la production allemande, de 38%...» Encore une illustration de la montée en puissance de la filière agro-alimentaire allemande.
Selon Marc Hervouet (ci-dessous à gauche), «la filière française souffre de handicaps en termes de compétitivité par rapport au reste de l'Europe. Aussi bien au stade de l'élevage que pour celui de l'abattage. Avec ses outils vieillissants, elle n’est pas attractive pour les jeunes éleveurs … elle souffre d'un manque dramatique d'investissements. Constat aggravé par des applications réglementaires tatillonnes et des applications des règlements environnementaux plus strictes que dans les autres pays européens. » Et pan dans les dents des fonctionnaires en charge des contrôles et qui dépendent en partie des services de Frédéric Lefebvre !

Et le patron des grossistes d'en appeler aux mânes du Général de Gaule, pour rappeler qu’en ces temps de crises sanitaires intervenues en Allemagne, la sécurité alimentaire passait par une nécessaire indépendance et une autosuffisance française... Et de demander au ministre un plan de relance de la filière agricole et en particulier de la filière volaille.
Frédéric Lefebvre s’en est tenu à l'incantation du produire plus, de la qualité et la diversité françaises sans oublier de rappeler l'inévitable classement de l’Unesco du repas à la française et la stigmatisation des spéculateurs des produits agricoles. « La mondialisation qui inquiète est aussi une chance». «Pour faire face à l'augmentation de la population mondiale et la nourrir…il va falloir augmenter la production de 70%…» Pour des réponses concrètes, il faudra peut-être repasser...
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