Les vertus d’une viande meilleure, l’exemple de la filière vendéenne

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Les « Chouans de la viande » laissent passer une lueur d’espoir

Les horreurs filmées dans l’abattoir de Mauléon n’en finissent de faire sentir leurs effets. Alors quoi ? Est-on condamné à devenir un « vegan » nourri au tofu ou un amnésique mâchant de la semelle bovine de grande surface estampillée «Offre Spéciale » et engraissée aux tourteaux OGM dans une ferme de 1000 vaches ?

Les rencontres « Made In Viande » organisées par Interbev (l’interprofession de la viande) pour favoriser les contacts entre professionnels et grand public laissent filtrer la lueur d’espoir d’une troisième voie. On a vu en Vendée une volonté de produire et de consommer localement des bêtes élevées plus vertueusement. C’est-à-dire  davantage nourries à l’herbe et au foin plutôt qu’au soja OGM. Avec la tendance qu’on ne valorise plus uniquement le travail de l’éleveur et le prix de la viande en termes de conformation ou de poids mais également sur des critères qualitatifs. Soit une couleur bien blanche du gras (non ce jaune résultant d’un engraissement au maïs ensilage)  et un joli persillage de la viande. Ces prémices de changement évoquent ces coopératives viticoles vertueuses qui ne payent plus le vin en fonction du volume d’hectos ou du degré d’alcool mais observent la façon dont la vigne a été travaillée.

Ainsi une immersion en « pays Chouans » autour de Challans, semble prouver que le mot filière n’est pas un abus de langage.  Désormais, de plus en plus d’éleveurs travaillent avec une préoccupation de l’aval  et la recherche de débouchés locaux tout en ayant à cœur de savoir ce qu’on va penser de  la viande.

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Chez les éleveurs, le ras-le-bol du tourteau commence à poindre et la prairie naturelle devient au centre des préoccupations. Exemple au GAEC l’Envol, créé en 2012 par deux jeunes paysans âgées de 35 et 40 ans. Une exploitation où l’on est à la fois naisseur et engraisseur de charolaises. Le domaine a une superficie de 320 ha et voit passer 450 animaux en roulement. Les vaches de réformes sont livrées à la Covia, la coopérative d’éleveurs qui gère l’abattoir de Challans.

«Nous cherchons désormais à travailler la qualité de nos carcasses. Ce qui implique de ne plus recourir au maïs ensilage ou au soja qui ne donnent pas de bons résultats en terme de qualité. Mais, il faut reconnaître que jusqu’à présent  la finition n’était pas reconnue. » explique OIivier Minguet, l’un des membres du Gaec.

«L’objectif à terme est de mettre en place un système d’élevage quasi-autonome.»

Cela suppose d’allonger et d’augmenter la durée de pâturage et à mettre l’accent sur les prairies afin de recourir le moins possible à des compléments alimentaires. Ainsi, le GAEC de l’Envol dispose de 50 ha plantés en maïs, 40 en blé et 10 ha en féveroles, une légumineuse réputée pour son rendement.

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Les deux paysans avouent redécouvrir le travail d’une prairie naturelle qui, bien gérée, peut augmenter la durée de pâturages et le rendement en foin et donc réduire les dépenses d’achat d’aliments.

«La prairie c’est une vraie culture à part entière. Il faut travailler plusieurs espèces pour retrouver toute la richesse d’une prairie naturelle. Ce n’est pas simple à piloter mais c’est beaucoup plus gratifiant de conduire les bêtes au pré

Ainsi, les deux éleveurs testent le « pâturage tournant dynamique ». Une méthode qui implique de parquer les bêtes intensivement sur des petites parcelles en rotation rapide. Comme l’herbe de chaque parcelle est consommée sur une période courte, la repousse est homogène. Cela oblige aussi à gérer les surfaces à faucher et observer la qualité des foins.

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Et parfois, le poids des animaux peut même devenir un atout quand il permet de faire pousser certaines espèces comme les trèfles. «On travaille aussi la fumure pour ne plus dépendre d’engrais minéraux. D’autant que les sols se comportent mieux quand les fumures sont organiques…» Bref, à l’Envol, c’est la recherche d’une quadrature du cercle vertueux. A 100 % ? «Non, car il reste difficile de renoncer totalement à l’engraissement au soja OGM pour les jeunes bovins  de 18 mois qui partent à l’export » assure Olivier Minguet.  Ce qui n’est pas l’avis de collègues voisins qui expliquent s’en passer en recourant au colza.

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