Quand le jambon de coche devient une œuvre d’art…

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“Suspends un violon, un jambon à ta porte, et tu verras rappliquer… ”

Ils sont treize superbes jambons suspendus dans une galerie d’art contemporain du côté de Beaubourg. On doit cette installation à Haim Steinbach un artiste contemporain coté. Comme Andy Warhol qui affichait ses boîtes de soupes en conserve, Haim Steinbach travaille sur notre relation aux objets du quotidien.

Mais là, on serait plutôt dans le luxe, en tout cas très loin des jambons vendus en linéaires.  Car,   il s’agit de jambons de coches, (truies âgées de 24 mois) qui peuvent atteindre 20 kg, des jambons comme on en croise que très rarement. Suspendus sur un fond sombre, au-dessus d’un parquet clair parsemé des plots de sables pour recevoir l’huile qui suinte, nos jambons sont sortis de leurs contextes. En bons franchouillards, il faut se déconstruire mentalement pour percevoir l‘image de la mort associée au plaisir que l’artiste attribue à l’objet.

Au demeurant, il n’a pas si tort. Car la mort du cochon est une donnée fondamentale dans le goût d’un bon jambon. Tous les efforts des grands abattoirs porcins de la France ont porté ces dernières années sur le réglage des systèmes de mise à mort du cochon (souvent par électrification). De faire en sorte que celui-ci, toujours très intuitif, ne comprenne trop vite ce qu’il lui arrive afin que le stress ne le vide pas de son sang et en fasse une viande blanchâtre bonne à rien.

Cette « installation  charcutière», lui a été inspirée, a expliqué l’artiste au mensuel Numéro, par sa découverte de l’Ambassade d’Auvergne, repaire auvergnat créé voilà plus de 40 ans réputé pour ses jambons Laborie de Parlan qui pendent aux plafonds.

« J’ai … été frappé d’un profond sentiment d’horreur et de crainte révérencielle, comme du bon et du mauvais goût à la fois ??? Comme se fait-il qu’être en présence d’un morceau de cochon mort puisse devenir une expérience des plus délicieuses ? De toute évidence, la culture en tant que force a la capacité de transmuer en beauté n’importe quelle chose affreuse, étrange et offensante, ou est-ce la beauté qui peut tomber amoureuse de la bête ? D’un autre point de vue, il est possible que l’exposition que je prépare porte sur l’amélioration par la gastronomie de l’horreur de la pourriture associée à la mort. »

A chacun son interprétation de l’œuvre. Grâce à un vieux fond de culture rabelaisienne, la vue d’un beau jambon continuera d’en faire saliver plus d’un, à évoquer la bonne vie et les amis. Ainsi que le chantait Gainsbourg «Suspends un violon, un jambon à ta porte et tu verras rappliquer les copains…» En l’occurrence, si les amis d’Haim Steinbach peuvent être un tout petit peu fortunés, cela ne sera pas mal. Car il faudra compter  140 000€ pour acquérir l’œuvre de l’artiste ou plutôt son concept car le prix des jambons non compris (3900 € à 15€ TTC/kg) . C’est Laborie qui risque d’être content. Sauf que personne de l’auguste charcuterie cantaloue -qui n’est pas pour rien dans l’œuvre- n’a été informé de la destination de ses jambons, a fortiori, invité au vernissage. «On nous a bien commandé des jambons mais nous pensions que c’était pour une dégustation» explique Laurent Laborie, responsable de l’entreprise éponyme avec peut-être, l’impression d’avoir loupé le coche ?

Exposition Haim Steinbach, jusqu’au- 5 janvier 2008
Galerie Laurent Gaudin, 5 rue du Grenier Saint-lazare, 75003 Paris

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