Sirha 2013 : Vatel est-il soluble dans Tricatel ?

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Une chose est sûre, pour ce Sirha 2013 il faudra renoncer à la synthèse. Côté pile, l’excellence, la grandeur louis-quatorzienne de la gastronomie française représentée par Paul Bocuse, le pharaon et 120 de ses grands-prêtres réunis pour un dîner mémorable à la Mairie de Lyon. On y a communié sur les valeurs du goût, de l’excellence, du courage et de cette ténacité à rechercher le meilleur des saveurs et des arômes que notre terre peut donner.

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Le Bocuse d’or attribué au Français Thibaut Ruggeri, chef chez Lenôtre, est venu couronner d’un beau symbole ce Sirha qui fête ses 30 ans. Ce jeune chef a conquis le jury avec un turbot poché avec tartelette de truffes et un « filet de bœuf dans l’idée d’un Rossini ». L’enthousiasme dans les tribunes et la présence de nombreux supporters des chefs étrangers témoignent bien de la reconnaissance de ces Bocuse d’or comme une sorte de Mondial de la cuisine. D’ailleurs, c’est un Danois qui a décroché l’argent et un Japonais le bronze.

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Côté face, ce qui frappait dans les allées du Sirha, c’est cette présence toujours plus massive des géants de la bouffe, McCain, Charal, Nestlé, Metro et consorts. Cette année, ils ont poussé un peu plus loin le bouchon. Exit le mot « tendance », le maître-mot de l’édition 2013 du Sirha, c’était « Authenticité ».

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Concept largement décliné par Nestlé et sa gamme Chef ou Bridor et ses pâtes pré-cuites où le boulanger n’est plus qu’un metteur en four. Même si on recourt à un MOF réputé de Paris pour faire passer le message. Rien de mieux qu’un bon artisan pour faire avaler une pilule productiviste.

Il suffisait de tendre l’oreille dans les stands, ce n’était pas de goût qu’il était question mais de marge. Comme ce tartare à 2€ que l’on peut revendre 15€… Ou ce cheesecake de Président, dessert tendance. On a aussi parlé andouillettes fabriquées avec des boyaux non lavés mais bouillis, une pratique limite instituée sous la pression des abattoirs et qui pourrait bien déboucher sur un scandale sanitaire… Un peu comme le saumon norvégien. Car la vertu du pays du Nobel est oubliée par ses citoyens quand il s’agit de produire toujours plus et plus vite. Il ne semble pas gênant pour les Norvégiens de nourrir les saumons avec un peu de saumon même si ça rappelle un peu une certaine folle vache…

Sirha_terreadeliceAu hasard des allées, on est quand même tombé sur de fabricants de bons produits plutôt inquiets. Comme le glacier ardéchois Terre Adélice qui produit des glaces artisanales aux parfums extraordinaires, la plupart issues de fruits récoltés dans un rayon de 50 km. Terre Adélice est confrontée à la raréfaction des produits sains. «La cote d’alerte est dépassée, ils sont en train de stériliser des terres de France» nous a confié son fondateur.

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