CUISINE
DE BISTRO
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Yves Camdeborde,
un Béarnais à Paris
Il a tout du rugbyman :
le physique, le contact facile, l’accent du sud. Pourtant,
depuis plus de 25 ans, c’est dans les cuisines qu’Yves
Camdeborde joue ses grands matchs. Formé dans les maisons
parisiennes les plus prestigieuses, l’enfant du Béarn
a réussi le pari d’imposer sa recette : « mi-gastro », « mi-bistrot ».
Suivez le chef…
Yves Camdeborde
voit le jour le 7 décembre 1964, à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques.
C’est dans la ferme familiale, non loin de la charcuterie
maternelle, que le futur chef passe une enfance bercée
par les saveurs du terroir. Rapidement lassé par l’école
et « têtu comme une mule », Yves
Camdeborde décide de tout arrêter à 14
ans. Raison invoquée : « blocage technique ».
Il sera plombier, mécano ou cuisinier. Qu’importe,
pourvu qu’il soit libre. Son père lui trouve une
place d’apprenti de cuisine dans un restaurant du coin.
Un établissement assez quelconque, où Yves Camdeborde
apprend la rigueur et la discipline, mais sans jamais approcher
l’émotion. Pendant deux ans, l’apprenti
perfectionne ses omelettes et ses tartes, juste de quoi lui
assurer une indépendance financière… Et
côtoyer les plus grands. Mais ça, le jeune Yves
ne le sait pas encore.
(Ci-dessous Yves Camdeborde, intronisé à la confrérie de Saint-Juliénas des Prés)

Arrivé premier au CAP à Pau, il est sélectionné pour
participer au concours de Meilleur Ouvrier de France. A chaque étape
de la compétition, le tirage au sort désigne
l’omelette et la tarte. Habitué à réaliser
quotidiennement ces plats, Yves Camdeborde rafle chaque fois
la mise. Pau, Cap-Breton puis Paris, la France est sous le
charme. A 16 ans, il se retrouve en finale face à douze
petits génies formés dans les meilleurs établissements
français. Mais la chance tourne. L’omelette cède
la place au carré de veau. Yves Camdeborde ne sait pas
faire. Le jeune apprenti s’effondre et décide
de quitter la compétition. Guy Leguet, alors Chef du
Ritz, le réconforte : l’apprentissage est
permanent, il faut juste persévérer. « Voici
ma carte ». La proposition est alléchante,
le jeune Yves n’y résiste pas. A 17 ans à peine,
il entame une carrière qui le conduit dans les plus
belles cuisines de la capitale. Au Ritz tout d’abord,
où il retrouve quelques-uns des principes de vie qui
ne sont pas sans rappeler les règles du rugby, un sport
qu’il affectionne tout particulièrement. Esprit
d’équipe, compétition, le jeune homme est
dans son élément. C’est également
place Vendôme qu’Yves Camdeborde fait la rencontre
de Christian Constant. Alors sous-Chef, Christian Constant
se prend d’amitié pour le « petit provincial
perdu ». Pendant quatre ans, il le regarde évoluer
et lui transmet son savoir. Et puis Yves est mis à la
porte en 1986 pour cause de ralentissement économique.
Mais pas le temps de chômer : dès le lendemain,
Christian Constant l’appelle pour lui dire qu’une
place de premier commis de cuisine l’attend à la
Marée, prestigieuse maison de poisson. Le Béarnais
prend du grade dans cet établissement dirigé par
un « vrai patron ». Pendant deux ans,
il apprend à faire face à l’imprévu,
vit le « système D ». Une expérience
qu’il prendra pour référence lorsqu’il
s’installera à son compte quelques années
plus tard.

Après la Marée, Yves Camdeborde part pour la
Tour d’Argent, où une place de chef saucier l’attend.
Mais Christian Constant le rappelle rapidement à ses
côtés : le Crillon est au plus mal. Il faut
relancer l’activité. L’équipe a carte
blanche. Tous les ingrédients sont réunis pour
vivre une expérience « magique ».
Elle durera quatre ans.
Et puis Yves Camdeborde se décide à sauter le
pas. Comme ses parents avant lui, il rêve de se mettre à son
compte. Christian Constant lui apporte un soutien moral et
financier. En mai 1992, alors âgé de 26 ans, le
jeune chef achète la Régalade, un bistrot situé avenue
Jean Moulin dans le 14e arrondissement. La première
guerre du Golfe le pousse à réfléchir
sur le type d’affaire à développer. La
gastronomie n’est pas porteuse en ces temps moroses.
Yves Camdeborde entrevoit alors la possibilité d’un
compromis, d’un « entre-deux »,
d’un cocktail « mi-gastro », « mi-bistrot ».
Une recette du hasard imposée par les évènements,
bientôt considérée comme une petite révolution
dans le monde de la restauration. Le décor, le service,
la cuisine : tout est simplifié. On ne garde que
la substantifique moelle : des produits de qualité.
L’accueil du milieu et de la presse est plutôt
frileux. On s’attend à un effet de mode. Mais
le public est conquis. Le bouche à oreilles fait le
reste: l’établissement de 56 couverts connaît
jusqu’à huit mois de réservation.
A 40 ans, en plein succès et pour ne pas jouer le match
de trop, Yves Camdeborde décide de vendre son restaurant.
Avec sa femme Claudine et leur fille, ils partent à la
recherche d’un nouveau coup de cœur. Leur quête
s’arrête carrefour de l’Odéon, où depuis
2004, la famille Camdeborde a pris le relais. Et le public
les a suivi derrière le Comptoir.
Julie Martin
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Le Comptoir
9, carrefour de l'Odéon
75006 PARIS
Tél : 01 43 29 12 05
Métro : Odéon
Tous les jours,
non-stop de midi à 18h (23h samedi et dimanche) ; restaurant
(sur réservation) à 20h30 (sauf samedi et dimanche).
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