Le Café Anglais d’Adolphe Dugléré

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Fondé en 1822, le Café Anglais, à l’angle du Boulevard des Italiens et de la rue Marivaux, tout près de l’Opéra Comique, devint à la fin du second Empire, le plus snob de tous les cafés et le plus couru dans toute l’Europe. Bien que sa façade soit particulièrement austère, l’intérieur est particulièrement cosy : boiseries d’acajou et de noyer, miroirs clinquants patinés à la feuille d’or … 
Ses salons particuliers accueillent une clientèle aisée accompagnée de « cocottes ».

adolphe-duglereEn tout, on compte 22 salons et cabinets particuliers dont le Grand 16 qui vit défiler les plus hautes personnalités parisiennes et étrangères. 
Certes, le « Café Anglais » est à la mode mais on y court pour déguster la cuisine d’un des plus célèbres chefs de Paris, Adolphe Dugléré (ci-contre). 

On le décrit comme un chef taciturne et sévère qui exige des matières premières de qualité et qui a le plus grand mépris pour les ivrognes, ainsi que pour les fumeurs de tabac.
 On lui doit le potage Germiny, potage doublement capitaliste : puisqu’à l’oseille, et dédié au Comte Germiny, gouverneur de la Banque de France. Et c’est pour une de ces fameuses courtisanes du second empire, Anna Deslions, que Dugléré va créer les « Pommes Anna ». 
Adolphe Dugléré, formera André Terrail, futur patron de la Tour d’Argent. C’est lui aussi qui a composé le menu du célèbre dîner dit des « Trois Empereurs » qui réunit le tsar Alexandre II, le tsarévitch Alexandre, le roi de Prusse Guillaume Ier et Bismarck. Nous sommes en 1867, lors de l’Exposition universelle de Paris.

Bref, un café qui n’avait de café que le nom… 
Le restaurant disparut un peu avant la première guerre mondiale. 


D’après Les cafés artistiques et littéraires de Paris, paru en 1882, on peut lire qu’on se réunit au café Anglais pour « banqueter, déjeuners fins, dîners délicats, soupers où pétille le champagne ». L’auteur fait justement remarquer que si depuis la Restauration, « bien des régimes politiques se sont succédés, des générations ont été remplacées par d’autres, le Café Anglais s’est maintenu à travers les crises et les changements » parmi ceux qui ont participé à la réputation du café Anglais, on peut citer : Alfred de Musset, Barbey d’Aurévilly, Alexandre Dumas père, Roger de Beauvoir . « Le comte de Saint-Cricq s’y est livré à ses fantaisies, que dans le langage courant de l’an de grâce 1881 on appellerait des farces de fumiste ». 
L’auteur ajoute : « Le duc de Grammont-Caderousse a été un des fidèles du café ou il entraînait une bande de viveurs et de filles à la mode. Roger de Beauvoir dans les Soupeurs de mon temps et Fervaques – Léon Duchemin dans les Mémoires d’un décapé, ont écrit l’histoire du Café Anglais. Ces deux soupeurs sont morts l’un après de longues souffrances, l’autre brusquement, sans agonie ». 

De nombreux écrivains se servirent du décor du Café Anglais le pour ses intrigues. Ainsi Balzac conduisit au Café Anglais Rastignac et Mme de Nucingen, puis Lucien de Rubempré. Flaubert, dans l’Education sentimentale y fait déjeuner Frédéric Moreau, Henry James y situe quelques scènes dans « L’Américain ».
Proust, dans Du côté de chez Swann, y transpose son héros inquiet et jaloux à la recherche d’Odette.

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