Quand l’Association des Maîtres Restaurateurs se tire une balle dans le pied pour un « panier mystère »

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L’Association Française des Maîtres-Restaurateurs (AFMR) « participe» à un concours national de cuisine, le premier en son genre.

Du 25 septembre 2015 au lundi 4 avril 2016, une centaine de Maîtres Restaurateurs de la France entière vont se défier sur la réalisation d’un plat salé pour 5 personnes autour du thème « le Panier Mystère 100% frais, 100% brut, 100% terroirs ». Un panier composé en fonction des régions d’une garniture de légumes ou fruits de saison, une viande ou une volaille et un poisson ou crustacé et coquillages imposés. Le vainqueur sera déclaré « Maître-Restaurateur de l’année 2016”.

Hélas ! ce « panier » ne fait pas mystère de son sponsor « PassionFroid » filiale de Pomona, un des principaux acteurs du plat préparé et du surgelé pour les professionnels du CHR. Comme ses homologues Brake, Metro, Davigel et consorts, Pomona inonde donc les restaurants de plats préparés, bons à réchauffer. Il est connu pour ses « boilings-bags » de « plats du terroir », genre estouffade de bœuf façon corse, vendue autour de 2,50€ la portion. Pomona affiche un chiffre d’affaires 2014 en hausse, à 3,014 milliards d’Euros et un résultat net de 63,4 millions d’euros. En revanche, les effectifs eux, sont passés de 8900 à 8600 employés entre 2013 et 2014…

Francis Attrazic avec l’ancien secrétaire d’Etat Carole Delga lors de la remise du 3000eme diplôme de Maître-Restaurateur au patron des Fous de l’ïle (75004) en avril 2015

Interrogé sur une éventuelle contradiction entre les buts de son association qui vise à défendre le « fait-maison » et les parrains du concours, Francis Attrazic ne s’avoue pas surpris par la polémique. Le président de l’AFMR explique que Pomona est de longue date un partenaire des MR et que l’industriel a justement créé une gamme de produits frais pour tenir compte du label fait-maison. Soit, mais cette petite feuille de vigne vertueuse offerte par l’AFMR avec ce concours a bien du mal à cacher le sexe monstrueux du Minotaure.

Et même si le phénomène de grands chefs acoquinés avec des industriels n’a rien de nouveau, dans le cas présent, certains confessent leur gêne. Ainsi en va-t-il d’Alain Fontaine, Maître Restaurateur et patron du Mesturet (Paris 2) : «On a vendu notre âme au diable mais il faut bien comprendre qu’à côté des maisons de champagne ou de vins, il n’y a plus que ces géants agroalimentaires comme Nestlé qui ont les moyens de sponsoriser de tels événements. » Et ce dernier de réclamer une réunion de toutes les organisations professionnelles pour réfléchir à ces sponsorings omniprésents dans les grands salons de la gastronomie et de la restauration.«Faute de quoi, on mangera tous la même chose dans 30 ans. » On a peut être déjà commencé…

Faust erre donc aussi dans les fourneaux ! Et les plus vertueux peuvent vendre leur âme au diable. En ces temps de « fête de la gastronomie,» et autres opérations « tous au restaurant », difficile d’expliquer que l’Association Maîtres-Restaurateurs se tire une balle dans le pied en s’alliant avec Pomona pour un concours destiné à choisir le Maître-Restaurateur de l’année 2016.

Lire l’interview de Francis Attrazic d’Avril 2013

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