Salon de l’agriculture 2011

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Modèle alimentaire et modèle agricole, la France, lumière du monde ?

Cocorico ! cocorico ! la présentation à la presse du Salon de l’agriculture 2011, le 11 janvier, fut une occasion de plus pour le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire de saluer le modèle agricole français réputé pour la diversité de ses productions, la base du « modèle alimentaire unique à la Française » …

« Mon objectif c’est que le modèle agricole français soit un modèle pour le reste du monde et que notre modèle alimentaire soit le plus reconnu. » Sur ce plan-là, il est servi quelques semaines après le classement de l’Unesco du repas à la française. Et cette présentation lui a permis de rappeler les grands points de sa politique pour une meilleure alimentation notamment avec des nouvelles règles mises en place pour les repas dans les cantines scolaires.

Il n’empêche ce 48e Salon de l’Agriculture s’ouvre dans une période charnière. La France par sa géographie reste gâtée, car épargnée des grands dérèglements climatiques qui frappent de façon rapprochée de larges zones terrestres – sécheresse russe, inondation australienne… -, ce qui contribue à la volatilité extrême du prix des matières premières. Heureux céréaliers qui ont vu le prix du blé doubler en un an.

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Au climat s’ajoute la démographie. D’ici la fin 2011, le cap des sept milliards d’habitants sera franchi. Du coup, les tenants du productivisme à tout crin, surreprésentés dans les instances agricoles françaises et au Salon, vont nous resservir le « Il faut nourrir la planète » qui justifie tous les excès. Or en France ou ailleurs, ce modèle productivisme a prouvé ses limites. Il ne fait le profit que d’une minorité et il est porteur de drames humains, en accroissant l’exode rurale et la paupérisation. Sans oublier, l’accroissement des risques. Risque environnemental pour la nature d’une monoproduction pratiquée à grande échelle comme le prouve l’assèchement des nappes phréatiques du Middle West. Risque sanitaires avec par exemple, l’origine présumée de la grippe porcine dans les élevages intensifs porcins du Mexique pour le compte d’entreprises américaines. On n’évoquera pas l’algue verte des porcs bretons …

L’éloge par Bruno Le Maire de la diversité agricole française source du modèle alimentaire français ne fait donc pas de mal. Reste à savoir si le discours résiste aux faits en France…

Les grandes lignes tracées par Bruno Lemaire

– Diversité : « Tirer un trait sur vos reblochons et autres Salers … »

Ce qui fait le modèle agricole français est unique au monde aux yeux du ministre, c’est d’abord diversité. « Le jour où l’on ne se battra plus pour la diversité, sur votre table, il n’y aura plus qu’une sorte de gruyère et de chèvre qui ne ressembleront à rien et vous pourrez tirer sur un trait sur le reblochon, le chèvre ou le salers. »
Qui contredira le ministre qui croit que la diversité n’est pas incompatible avec la compétitivité économique.

« Garder les races Salers, et Aquitaine, c’est une bataille de tous les jours. » Sur le chapitre diversité, on notera toutefois qu’il est dommage qu’une IGP (Indication Géographique Protégée) comme la Fleur d’Aubrac (croisement d’Aubrac et de Charolais) tolère une alimentation OGM. Avec du soja OGM brésilien, elle a bon dos l’indication géographique protégée.

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– Qualité des produits : « Une Porsche ne vaut pas le prix d’une Skoda, or c’est ce qui se passe dans la viande bovine française …« 

Pour Bruno Le Maire, il faut que la qualité soit rémunérée. « Si l’on prend comme référence la vache de réforme, quand on fait de la Salers ou de la blonde d’Aquitaine, l’éleveur ne s’y retrouve pas…. Ce n’est pas normal. Une Porsche ne vaut pas le prix d’une Skoda, or c’est ce qui se passe dans la viande bovine française … »
« Si on a la valorisation et la qualité, on s’en sort mieux. » Et le ministre de citer l’exemple de l’éleveur de Savoie qui vend son lait 420 € la tonne bien mieux que celui qui produit un llait pour de la poudre ou du fromage râpé à 280€ la tonne. Comment ne pas adhérer sauf quand on observe que certaines AOC fromagères n’en ont que le titre et ne payent pas le lait plus cher que le « tank ». Des AOC qui sont souvent contrôlées par des industriels …

(lire à ce sujet l’interview d’André Valadier, qui a présidé durant douze ans le comité des produits laitiers de l’inao. )
– Innovation et compétitivé : « Il faut que l’on reste les champions de l’innovation agricole. »
Les pays émergents attendent de l’innovation des Français, c’est le souhait du ministre. Semences plus résistantes, méthodes agricoles plus respectueuses de l’environnement. Il faut être les champions de l’innovation agricole.
En France, nous sommes les spécialistes du meilleur. Pas exemple et de citer la qualité meunière du blé qui sèche mieux et qui est plus régulier.
Aux yeux du ministre, la compétitivité et les outils économiques font défaut aux agriculteurs. Cela passe par un regroupement de l’offre, mais également par une réduction des coûts de production. Et de citer le bon exemple des coûts de production énergétique avec par exemple la méthanisation. 4000 usines en Allemagne, 6 en France. Eloquent.

Décidément l’administration n’aime pas le lait cru
Le fromage 19AOC n’est pas seule façon pour le producteur de valoriser son lait. Il y a aussi le distributeur de lait cru automatique géré par l’éleveur. En Italie, ces distributeurs font un carton. En France, notre chère administration par défiance pour le malheureux paysan s’est ingéniée à ajouter des normes pour l’homologation de ces machines. Au point de plomber leur rentabilité…En savoir plus

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