Salon de l’Agriculture 2016, salon citoyen ?

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Le salon de Cerise (cette vache de race bazadaise choisie pour illustrer l’affiche du Salon 2016) ne fut pas celui du « Temps des cerises ». 610 000 visiteurs, 11% de moins en un an, 100 000 en deux ans. Et des commerçants et artisans ayant parfois dépensé des milliers d’euros dans des stands onéreux pour constater un chiffre d’affaires en baisse de 10 à 30%… Encore que les exposants ne sont pas tous logés à la même enseigne. Selon que l’on soit Corse, Francilien ou Aveyronnais, on peut être ou non subventionné. Magie de la décentralisation et de l’égalité à la française…

macdo-stand-salonOn vit rarement Salon de l’Agriculture aussi gris noir nuance tempête. Les insultes au Président de la République proférées par des éleveurs désespérés avaient donné le tempo. Et pourtant, les organisateurs avaient soigné la vitrine en déclinant un thème beau comme un programme électoral, Alimentation citoyenne…

Tu parles Charles ! Au-delà des compères MacDo et Lidl en majesté sur le Hall 1, on avait commencé à sentir la présence du loup quand, sur les 40 pages du dossier de presse, pas une fois n’apparaissait le mot « pesticides » ni celui de « phytosanitaire ». Pourtant, après la diffusion de l’émission « Cash Investigation » sur les ravages des pesticides et notamment sur l’une de ses conséquences les plus graves, à savoir l’explosion du nombre d’enfants autistes, on pouvait croire à un sujet vraiment « citoyen ».

La "Mangeoire" de Lidl, dans le hall des régions a attiré bien du monde.

La « Mangeoire » de Lidl, dans le hall des régions a attiré bien du monde avec une formule cassant les prix… Mais de quelle région est Lidl ?

Hélas… deux jours après la fin du Salon, le ministère de l’Agriculture, a publié les chiffres sur les « phytos »..«Au niveau national, le recours aux produits phytosanitaires a augmenté ..de 9,4% entre 2013 et 2014...» Bang.

Le chimique, voilà l’ennemi. Qui fera changer de logiciel à la FNSEA et aux grandes coopératives ?  Qui arrêtera de remplir les poches de BASF, Syngenta et consorts pour qu’ils dégradent notre santé et notre environnement ?  Les céréaliers franciliens ? Pas sûr. A l’origine du « démontage du stand » du ministère de l’Agriculture au Salon, ils sont devenus les bataillons de chocs de la FNSEA, à l’instar des dockers ou des ouvriers du livre à la grande époque de la CGT. Il faut dire que c’est là qu’est le blé – céréale phare de la région capitale- avec des rendements qui ont explosé passant de 45 quintaux/hectare en 1980 à 74. A coup de « phytos » justement.

salon2016-idf-standDu coup, le stand de la région Ile-de-France faisait sourire par son côté Village Potemkine. Même les maraîchers franciliens sur place ne pouvaient que déplorer l’extension des céréales. Car dans notre région, la production légumière a globalement diminué de 37 % entre 2000 et 2010 tandis qu’en France celle la superficie dédiée aux céréales a encore crû de 3 % en 2015… L’agronome Marc Dufumier peut continuer d’écrire que la France agricole s’épuise à concurrencer le blé ukrainien ou le poulet brésilien…

Année après année, les promoteurs du Salon continuent à nous resservir la même soupe « il faut nourrir la planète». En l’occurence, c’est bien ce même discours qui a abouti à la fin des quotas laitiers confirmée … en 2008. A l’époque, personne n’était contre. Y compris la FNSEA … Seulement voilà, en 2015, la Chine a réduit ses achats de lait en poudre  de 40% et la Russie a fermé sa porte aux importations agricoles européennes en rétorsion à l’embargo. Résultats : des stocks au plus haut et des producteurs étranglés.

A l’autre bout de la chaîne, l’éleveur laitier se lève tous les matins dès potron minet  pour la traite même le dimanche … alors quand Lactalis paye la tonne de lait 280 € et que le coût est à 360€ … on peut comprendre son désespoir. Que lui propose-t-on ? Produire plus en  s’endettant un peu plus ? Bref, de perdre un peu plus le sens de sa vie.

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Cette folie, qui est aussi celle d’un monde sans repères, est porteuse de perspectives noires dans les campagnes françaises et notamment, celles de ses plus beaux paysages. Ouf ! il reste des AOC vertueuses indépendantes des grands groupes comme le Comté ou le Beaufort qui permettent de maintenir à la fois l’emploi, les bons produits et les paysages. Mais à se promener dans les allées du Salon du fromage le créneau du lait cru sentait son Fort Alamo.

Alors une vache Hérens figurera-t-elle sur l’affiche du Salon 2017. Pas sûr, d’abord parce qu’elle est d’origine suisse, ensuite parce qu’elle est noire…comme pourrait l’être la prochaine édition du Salon si rien ne change dans l’agriculture. Et pour protéger les politiques en campagne de la jacquerie, les CRS pourraient être plus nombreux que les visiteurs …

Adieu Pigalle, bonjour Saint Amour ! 

stamourLongtemps la semaine du Salon de l’Agriculture fut synonyme de plantureux chiffres d’affaires pour les bars et les filles de Pigalle.  Cette semaine-là, les taxis ne faisaient pas grève. Ils emmenaient leurs lots de copains paysans tout contents  s’encanailler boulevard de Clichy. Souvent le chauffeur touchait sa « com » et le « michetonnage » était parfois au programme. Avec des lendemains de fiestas parfois sévères quand il fallait justifier les dépenses de retour au pays devant la patronne…Alors plus de filles à Paris ? Pas sûr, «l’uberisation » est aussi passée par là. Les filles travaillent désormais dans les hôtels autour de la Porte de Versailles. Et puis Paris la nuit -depuis le 13 novembre- ne scintille plus. Même le Pied de Cochon s’est coupé un orteil.

Mieux vaut reprendre la route et filer  pour une route des vins improvisée comme le formidable Saint Amour du tandem Delépine/de Kerven, et l’extravagant duo de vérité poétique Depardieu-Poelvoorde. Voir notre Gégé national remporter son 2e prix pour son taureau charolais fait encore rêver d’agriculture.

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