Quand l’administration met des bâtons dans les roues aux distributeurs de lait cru

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En Italie, 1400 distributeurs de lait cru seraient en service. Outre qu’il peut améliorer les finances des producteurs laitiers dont on connait la situation, ce système délivrant un lait crémeux au goût inimitable peut également favoriser l’éveil du goût chez les jeunes enfants. Installés sur le parking d’une grande surface, la machine délivre un litre à 1€. En France, des entrepreneurs ont tenté l’aventure. C’était compter sans les défiances de l’administration …

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Dès juin 2009, à Rodez, le lancement d’un distributeur en grande pompe avec les Jeunes Agriculteurs et l’association Slow Food avait été reporté sine die du fait de l’absence d’homologation par l’administration française. Depuis, la machine -comme quelques dizaines d’autres en France- était autorisée sous le régime de la dérogation.
En France, il existerait cinq types de distributeurs de lait cru en service dont celui de Direct-Lait. Ce dernier serait à ce jour le seul homologué, les autres étant sous le régime de la dérogation. Direct-Lait a été créée par un éleveur de vaches frisonnes d’Aveyron. Yannick Solinhac a reçu le soutien du Groupe Casino qui lui a ouvert ses parkings. Reste pour lui à convaincre des éleveurs à tenter l’aventure. Yannick évoque 300 prospects sur toute la France. «Le système est rentable pour l’éleveur à partir de 70 litres débités quotidiennement» assure le directeur de Direct Lait qui espère placer 800 machines en un an.

Hélas, le seul fait d’imaginer qu’un éleveur puisse « trafiquer » sa machine pour ne pas déclarer quelques litres de lait chaque année donnait des cheveux blancs aux fonctionnaires de la DREAL, (ex-DRIRE, direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement) en charge de l’homologation de l’étalonnage de la machine. Ils ont donc imposé un système de flux-mètre -le même dispositif que les pompes à essence-, ce qui a renchéri le coût du distributeur Direct-Lait de 5000€ et fait monter le prix total de l’équipement à 45 000 €. Qu’importe pour l’administration si cela plombe la rentabilité des machines et ne fasse au passage une fois de plus le jeu des géants de l’agroalimentaire -qui ne voient pas forcément d’un bon œil cette concurrence de petits producteurs-, l’administration française est coutumière du fait…

On aura beau jeu de comparer le tarif de 1€/par litre avec le prix de la tonne de lait négociée avec les industriels à près de 330 €. Le litre de lait cru du distributeur ne signifie pourtant pas que c’est trois fois plus dans la poche de l’éleveur que lorsqu’il vend son lait aux industriels. Outre le prix de la machine, il faut additionner les coûts liés à son « alimentation » quotidienne en lait frais, notamment les frais de transport. Sauf à ce que l’éleveur dispose d’un parc de 5 machines installées sur des aires de stationnement des grandes surfaces, ce système ne peut être qu’un appoint dans les revenus de l’agriculteur.

Cas concret :

Yves Burguière, éleveur de Montbéliardes en Aveyron, exploite deux distributeurs automatiques de lait cru Direct-Lait installés sur deux parkings de grandes surfaces. L’éleveur les alimente chaque matin. Prix pour le consommateur : 1€ le litre, plus 20 centimes si l’on n’a pas de bouteille. Ses deux distributeurs ont débité jusqu’à 150 litres par jour durant l’été 2010.

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