McCain ne veut voir qu’une patate

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La grève dans les usines McCain de Champagne-Ardennes et du Nord-Pas-de-Calais a rappelé le poids du géant canadien sur la patate française. Le fournisseur de MacDo est un client obligé pour plus de 800 agriculteurs qui cherchent un prix garanti.

Dans le Nord-Est, McCain c’est un peu comme Société (Groupe Lactalis) en Aveyron pour les éleveurs de brebis roquefort. Incontournable car il permet au producteur de sécuriser une partie de ses revenus. Mais cela se paye sur le plan de la liberté d’agir. Le Groupement d’Agriculteurs Producteurs de Pommes de Terre pour l’Industrie (Gappi) qui rassemble 800 « patatiers » permet de jouer le rôle d’interface et de peser dans les négociations de prix.
L’usine Mc Cain de Matougues, dans la Marne, serait le plus grand site de production de frites surgelées au monde avec une production de 700 tonnes/jour.

Ainsi le contrat Mc Cain est divisé en trois parties. Mais les prix sont revus chaque année. En 2011 les 35 premières tonnes sont payées 99 € / tonne, les cinq suivantes 84 €, au-delà c’est 20 €/tonne. « Ces 20€ ne sont plus le reflet des cotations générales mais un prix d’urgence car il faut destocker pour des problèmes de conservation » regrette Eric Delacour, président du Gappi.

Alors que le Pérou, pays d’origine des tubercules, décrète la protection de toutes ses variétés de « papas », Mc Cain ne veut voir qu’un seul type de « Bintje », son gros calibre. Sans parler de la variété exclusive pour son principal client, McDonald’s. 
Bref, s’il veut travailler avec Mc Cain, l’agriculteur doit se soumettre. Eric Delacour le reconnait : « L’industriel pense qu’il peut imposer un choix à l’agriculture. Mais pour nous, une exploitation rurale c’est encore un espace de liberté. Sur ce point on peut encore signaler à nos adhérents quand on pense que le contrat Mc Cain est dangereux. Le Gappi a acheté des variétés pour qu’on puisse ainsi garder notre une indépendance. La volonté du producteur Gappi c’est de ne pas être totalement intégré à l’usine Mc Cain. »

frite_delacourPour le président du Gappi (ci-contre au centre), c’est moins Mc Cain qui est exigeant que son client McDo qui impose deux variétés exclusives, Santana et Innovator. Celles qui donnent des frites longues et des ventres ronds.

A écouter l’homme du Gappi, les exigences de McDo sont plus dures que celles de McCain. « Nous les rencontrons pour discuter et pour leur dire quand leurs exigences ne paraissent pas raisonnables. »  Car, en matière de patates, difficile de concilier productivité, sécurité des approvisionnements et environnement. Tout cela explique pourquoi bon nombre d’agriculteurs n’engagent que 40% de leurs surface avec McCain. Mais au final, quand on lui pose la question de savoir si ça vaut le coup pour l’agriculteur de travailler pour McCain, le patron du Gappi préfère botter en touche.

La frite bistrotière a encore de la ressource !
L’épluchage des patates du matin est encore un geste pratiqué à Paris dans bien des bistrots. C’est vrai aussi pour des grandes brasseries comme Wepler. La frite maison c’est une sacrée différence en termes de rapport qualité/prix. Mais il faut accepter que quelqu’un s’y colle – comme ici au Vaudésir– ou acheter une machine à éplucher. On peut aussi acheter des frites fraiches déjà préparées. Ainsi l’entreprise François qui livre frites et patates dans 250 affaires sur Paris. Et ce depuis 1955. Ladurée comme l’Entrecôte lui font confiance. « L’arrivée de McCain en France n’a pas bouleversé notre marché » confie-t-on dans l’entreprise. Les bistrots n’ont pas encore courbé le joug devant la frite addictive de McDo.frite_epluche

Jouer la carte de la gastronomie avec l’Atelier des Chefs…Tricatel
Mais McCain en bon industriel cherche, comme ses homologues, à se parer des oripeaux de vertu. Durant la Semaine du Goût, il s’est offert les chefs de l’Atelier des Chefs pour qu’ils expliquent la frite aux enfants…

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