Maîtriser la production agricole des Indications géographiques après l’abandon des droits de plantation et des quotas laitiers

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dantinInterview de Michel Dantin, député européen UMP et Membre de la Commission Agriculture et Développement rural qui a réuni une table ronde sur l’avenir des appellations.

Quelles sont vos craintes pour les appellations ?
Une appellation viticole ou fromagère se valorise par sa qualité mais également par les prix du marché. L’expérience prouve que si, sur une appellation, on augmente subitement sa production de 10 à 15%, immédiatement le prix du produit s’écroule. Evidemment, s’il y a la moindre faille qualitative sur une appellation les prix chutent également.

Mettre sur le même pied les quotas laitiers et les droits à produire, n’est-ce pas abusif ?
Non ce sont tous les deux des droits à produire. Concernant la disparition des droits de plantations, elle peut poser problème même dans le cadre des AOC dont les aires sont délimitées. Entre la superficie de l’aire délimitée et la superficie de l’aire qui pourrait être plantée, l’écart peut être considérable, parfois de l’ordre de 50% de plus. Du coup, l’objet même du débat est de permettre aux syndicats d’appellation d’avoir un outil leur permettant d’encadrer les droits de plantations. Pour l’instant la Commission s’y oppose, mais je vais faire réaliser une étude juridique pour voir si la propriété intellectuelle d’une appellation peut permettre d’imaginer une forme d’encadrement des droits de plantations.

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Toutes les AOC ne se valent pas. Il y des bonnes et des mauvaises AOC, par exemple celles qui sont dominées par les industriels avec un cahier des charges minimum ?
C’est vrai que c’est le cas avec des industriels comme Lactalis qui dominent des appellations comme le Cantal. Lactalis essaye aujourd’hui de mettre la main sur le reblochon avec le risque que le reblochon se trouve dans 15 ans dans la même situation que le Cantal aujourd’hui …
Une des clés c’est le pouvoir aux producteurs. L’expérience montre que ceux qui ont gardé la main ont réussi à sauver leur appellation et à la valoriser.

Les AOC peuvent-elles sauver les producteurs laitiers ?
Dans le contexte de négociation mondiale où pour pouvoir vendre des Airbus, il faut ouvrir le marché européen à des produits agricoles, l’agriculture européenne doit cultiver ses spécificités. Mais la bataille est difficile et il ne faut pas faire n’importe quoi .
Aujourd’hui, les producteurs laitiers des filières Comté, Beaufort ou d’Abondance ne souffrent pas de la baisse des prix du lait. Mais il y a dix-huit mois, quand le prix du lait était au zénith, ils n’avaient alors rien engrangé.

L’INAO est souvent critiqué aujourd’hui pour son absence de fermeté dans la définition des cahiers des charges des produits ?
S’il y a une faiblesse de l’INAO, elle est au niveau des professionnels. Pas des fonctionnaires. Le système est sans doute imparfait mais il nous est envié dans bien des pays. Il est regardé comme une “institution qui a gardé les bijoux du temple”.

Avec la réforme européenne de la politique de qualité des produits agricoles attendue en 2010, les débats se précisent. Ainsi Michel Dantin, député européen UMP et Membre de la Commission Agriculture et Développement rural a réuni une table ronde avec des représentants des Appellations d’Origine (AO) et Indications Géographiques (IG) européennes.

« Les cahiers des charges et la protection contre les usurpations ne sont pas suffisants pour assurer la valorisation de ces produits sous signe de qualité, il est également nécessaire de maîtriser les volumes de production«  ont expliqué en substance les producteurs prenant l’exemple du champagne et du porto ou du comté.
«Face à la disparition programmée des droits de plantation dans le secteur viticole et des quotas dans le secteur laitier en 2015, les professionnels ont demandé aux pouvoirs publics de modifier dans ce sens la législation communautaire.»

Dans le cadre des AOC, l’idée serait d’autoriser les syndicats d’appellation à encadrer des droits de plantation. Car ils n’ont sans doute pas intérêt à multiplier les plantations dans leurs aires d’appellation s’ils veulent conserver une bonne réputation à leurs produits et donc une bonne valorisation. En vin, l’exemple du bordeaux où la superficie AOC de la Gironde a augmenté de 23 000 ha en moins de 15 ans sans aucune justification qualitative est dans toutes les têtes. Sur le plan des fromages, l’appellation Cantal, qui recouvre le pire et le meilleur, dominée par les industriels fromagers n’a pas permis jusqu’à présent aux éleveurs locaux de s’en sortir.

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