La Ferme Leprince, « ferme référence » de McDonald’s et de McCain

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Ghislain Leprince et sa sœur travaillent à temps partiel pour deux « Mac »… Et pourtant, ils sont heureux. Leurs « Mac » les considèrent même comme des références.

Les Leprince sont des agriculteurs de l’Artois à la tête d’une exploitation de 530 ha. 130 sont dédiés aux pommes de terre dont la fameuse « Innovator », variété exclusive McDo. Leur ferme certifiée Iso a été choisie comme « ferme de référence » par McDonald’s appuyé par son partenaire, le géant patatier mondial, McCain. Du coup, leur ferme est ouverte aux visites pour témoigner de la stratégie agro-écologique du géant du fast-food.

leprince_patateGhislain Leprince n’a rien du nouveau serf, victime expiatoire de la mondialisation livrée pieds et poings liés aux géants agroalimentaires. C’est un gars de bon sens, un terrien passionné qui pourrait vous parler patate pendant des jours. Il sait bien que la protection de l’environnement est vitale. Il a choisi, seul, assure-t-il, de faire certifier sa ferme Iso 14001 depuis 2009 pour être toujours plus performant au plan environnemental.

Son approche n’est pas bio mais raisonnée. Le fait est que ses efforts sont assez bluffants. Ainsi ses terres sont truffées de capteurs et de sondes. Certaines mesurent l’hygrométrie de la terre pour ajuster l’irrigation. Un dispositif permet d’évaluer le risque potentiel d’attaque du mildiou -risque principal d’un patatier- pour permettre de calculer au plus près la dose de traitement diffusant à appliquer. Il y a aussi des pièges à pucerons. Les échantillons sont envoyés au laboratoire pour être analysés, façon d’anticiper sur les virus.

De son tracteur, les photos satellite lui permettent d’observer l’accumulation de l’azote dans ses parcelles et donc de moduler l’apport d’azote au plus juste. Avec à la clé de sérieuses économies au poste engrais. Quant au GPS, il lui permet de centrer au mieux la plantation des tubercules sur leurs butées.

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Question herbicides, Ghislain Leprince assure ne plus utiliser de produits type T+, ceux qui sont marqués d’une tête de mort et qui nettoient tout. Au contraire, il broie ses fanes.

LeprincePatate_coccinel

Surtout, l’homme replante des haies non sur le bord des champs mais carrément au milieu de ses parcelles, à leurs points le plus bas, façon d’éviter le ruissellement et l’érosion des sols. «Ca fait revenir le perdreau et ça favorise la faune auxiliaire, à commencer par les fameuses coccinelles qui se gavent de pucerons, autant de pesticides en moins, là-aussi.»

A la ferme, il dévoile son automoteur, vaste engin spécifique à la culture de la patate qui permet d’arracher et de trier dans la foulée les patates pour les charger directement sur un camion à destination de l’usine McCain et finalement du MacDo. C’est autant d’aller-retours en tracteur économisés. Et au final une bonne patate. Car comme les raisins, moins les pommes de terre sont triturées, meilleures elles sont.

Il n’empêche, comme ses homologues, la ferme Leprince doit bien conserver une partie de ses pommes de terre tout au long de l’année. D’où des hangars réfrigérés et ventilés pour répondre à la demande de McCain. Pas question d’utiliser des germinatifs. Au final, la ferme Leprince est visitée chaque semaine par les hommes de McCain et tous les résultats sont analysés. Dans quelques années, après retour d’expérience, les bonnes pratiques qui auront prouvé leur pertinence seront étendues -imposées ?- aux 800 autres patatiers McCain.

leprince_patate_stock
La belle démonstration de la ferme Leprince serait donc aussi rassurante qu’encourageante pour l’avenir du terroir français… Sauf qu’il y a un « léger » vice dans la démonstration des « deux Mac ». A supposer, ce qui est pratiquement le cas, que les 800 patatiers de McCain ne sortent qu’une ou deux variétés de patates, 600 000 tonnes réparties en deux variétés de patates, ça la fiche un peu mal en termes de bio-diversité. D’autant qu’à voir les résultats en termes de progression de l’obésité, la recherche de la patate parfaite ne débouche malheureusement pas sur l’homme parfait.

Concentration et conservation, les deux lois de la french potatoe !

Comme d’autres cultures, la pomme de terre n’échappe pas à la concentration. Désormais 20 % des exploitations concentrent 80 % des surfaces. Environ 20 000 exploitations produisent des pommes de terre (ou autres tubercules) en France métropolitaine sur 155 000 ha. Mais la primeur s’efface de plus en plus au profit de la pomme de terre de conservation, celle qui sert aux frites.
Nord-Pas-de-Calais et Picardie totalisent, à eux seuls, 60 % des surfaces en 2010. Et là, la superficie est en extension de 12% sur dix ans. En revanche, la superficie dédiée aux primeurs a été divisée par deux en dix ans. Avec seulement 7500 ha cultivés aujourd’hui.
Là encore la diversité en prend un coup.

La pomme de terre en chiffres
Total:
• 20 000 exploitations, 155 000 ha
Conservation :
• 17 000 exploitations, 109 000 ha
• 80 % des surfaces dans 20 % des exploitations
• 60 % des surfaces en Nord-Pas-de-Calais et Picardie
• 6,5 ha en moyenne par exploitation
Primeurs :
• 4 600 exploitations, 7 200 ha
• 50 % des surfaces dans
cinq régions
• 1,5 ha en moyenne
par exploitation
Source : Journal de la Pomme de Terre juin 2012

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