Carlo Petrini, fondateur de Slow Food « En France, la gastronomie se réduit à un spectacle ludique ! »

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« Ma come si dice … » Avec son accent et sa bouille de patriarche italien à la Vittorio Gassman, Carlo Petrini a mis dans sa poche le public de l’amphi de géographie de la Sorbonne. Le fondateur de Slow Food et du réseau mondial de paysans Terra Madre, invité par la Sorbonne, le 14 octobre, n’a pas ménagé ses critiques contre la France qui « réduit la gastronomie à un spectacle ludique ». Lui va au-delà vers l’agriculture et la paysannerie. « Manger est le premier acte agricole ». Et de citer Brillat-Savarin  qui, dès 1825, définissait la gastronomie comme un phénomène global, mêlant physique, chimie et économie politique. En prêchant le retour à la terre pour les jeunes et en recherchant un nouveau Saint-Benoît, Carlo Petrini ne craint pas d’être taxé d’utopiste.

Carlo Petrini et Gilles Fumey à la Sorbonne

Carlo Petrini et Gilles Fumey à la Sorbonne

Carlo Petrini, fondateur de Slow Food et Gilles Fumey, professeur en géographie culturelle de l’alimentation à la Sorbonne, le 14 octobre 2011 pour la présentation de son livre « Terra Madre ».

Pornographie alimentaire…
« Aujourd’hui, ce n’est pas nous qui mangeons la nourriture, c’est elle qui nous mange… elle n’a plus la valeur sacrée que lui attribuaient nos ancêtres ». Et le fondateur de Slow Food de s’emporter contre cette « pornographie alimentaire » mise en place par un « système agroalimentaire criminel ». Criminel par les dangers qu’il fait courir, selon lui, à la terre du fait de la réduction de fertilité du sol, du gaspillage de l’eau alors que la ressource se raréfie et sera à l’origine des guerres futures. Idem pour la perte de 70% de la biodiversité depuis 1900 et les dizaines de milliers de tonnes d’aliments jetées chaque jour dans le monde occidental.

Une crise entropique qui n’a d’autre équivalent dans l’Histoire que la chute de l’Empire romain
« La situation actuelle est très particulière. C’est une crise financière, une crise de l’environnement et une crise de l’énergie» explique Carlo Petrini. «Ceux qui pensent que cette crise est linéaire et résoluble selon une formule classique se trompent. Car c’est une crise entropique. Mais ce n’est pas la première qu’a connue le monde. Il y a déjà eu la chute de l’Empire romain ».
« La crise est un passage. On en sortira en s’appuyant sur un nouveau paradigme » explique-t-il en citant Edgar Morin qui a préfacé son ouvrage « Terra Madre ». Pour Carlo Petrini, l’Italien le plus important dans l’histoire du monde occidental n’est ni Dante, ni Léonard de Vinci mais Saint-Benoît qui en posant la règle bénédictine « Ora et Labora », a réhabilité le travail. « Cette révolution a posé les bases de l’Europe en permettant à l’agriculture et à la viticulture européenne de renaître grâce au travail des monastères ».

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