Interview de Paul Auffray, secrétaire général de la Fédération Nationale Porcine (FNP)

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« Ce qui importe au ministère c’est qu’il y ait des produits dans les rayons à des prix acceptables pour le consommateur. »

Le fait que certains des principaux acteurs de la salaison soient étrangers comme l’Américain Smithfield (Cochonou, Aoste, etc..) joue-t-il dans cette volonté de ne pas vouloir privilégier la production française ?
Que des salaisonniers soient aux mains d’opérateurs étrangers est une faiblesse de la filière française. Mais enfin, il y en a d’autres aux mains de familles françaises. Et pourtant leurs achats ne sont pas très positifs pour les éleveurs français. Les salaisonniers ont la volonté de garder les mains libres pour s’approvisionner sur le marché européen. Ce sont des volumes relativement faibles importés, mais au final, le prix français est le produit d’un prix de dumping à l’importation.

Pour pallier cette spirale à la baisse, pourquoi ne pas jouer davantage les filières de qualité comme les AOC ?
Il ne faut pas rêver. Quand on parle de préserver le pouvoir d’achat des Français, je ne suis pas certain qu’en favorisant ces démarches de niches, on se mette à la portée de tout le monde. Que pèsent les filières de qualité sur la totalité des volumes ? 1,2…3% ? Et quel est retour pour le producteur ? La politique du Jambon de Bayonne n’est pas simple. Quand on va dans la région de Parme, et qu’on discute avec les producteurs, on voit que ce n’est pas rose non plus.

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Et les circuits courts ?
Un producteur qui privilégie un circuit court pour sa production, je dis bravo. Mais de croire qu’on peut généraliser ça, je n’y crois pas. Les circuits courts en viande, c’est toujours plus compliqué. Les contraintes ne sont pas les mêmes que pour les fruits. Quand on fait 200 € de chiffre d’affaires par jour, on ne couvre pas les frais du labo. On ne peut pas être éleveur et charcutier en même temps. J’ai un collègue qui s’était lancé et qui a finalement reloué son labo à un charcutier. Ce dernier ne lui a pas acheté un seul kg de porc, il achète tout chez Bigard parce que c’est moins cher, mais il profite de la proximité de l’éleveur. Voilà ce qu’on vit sur le terrain.

Alors où est l’espoir ?
Que la filière joue le jeu de la production française et que les éleveurs profitent un peu de la plus-value générée par la filière. On souhaite qu’en France, on puisse privilégier la viande française, comme font les Allemands ou les Espagnols sur leur viande. Ces pays ont développé des stratégies pour protéger leur production nationale. Qu’on ne nous parle pas de traçabilité car la France est devenue une passoire.
Quand on voit le nombre de gens qui communiquent sur la charcuterie du Massif Central, on se moque du monde. C’est juste une politique de marque, il faudrait bien qu’on aille voir comment sont produits les porcs danois.

Et quelle est la position du Ministre sur l’apposition obligatoire du Logo VPF sur les produits ?
Politiquement, le ministre nous encourage dans la démarche VPF et à développer des actions contractuelles plus poussées avec les acteurs de la filière. Mais on sent malgré tout un aveu d’impuissance de l’Etat sur le sujet. On a l’impression que l’Etat se désengage pour laisser les acteurs s’entendre entre eux. C’est une politique de laisser-faire. Ce qui importe au ministère c’est qu’il y ait des produits dans les rayons à des prix acceptables pour le consommateur. Tout cela se fait au détriment des producteurs.

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