Alimentation : le productivisme français toujours à l’œuvre

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Qui trop embrasse souvent mal étreint. Le grand lettré qu’est Bruno Le Maire doit connaître l’adage. A défaut de le mettre en pratique. Car le ministre de l’Agriculture multiplie les annonces au risque de nous faire perdre le Nord. Exemple d’une salve d’automne.

Fin septembre, il lance le Programme national pour l’alimentation destiné à faciliter pour tous une alimentation de qualité et à lutter contre l’obésité. Noble objectif.
Début octobre, il demande pour l’agriculture une “pause dans les mesures environnementales”, mais assure-t-il, cela ne concerne pas le plan eco-phyto 2018.
Une semaine plus tard, lors de la Semaine du Goût, il déguste avec les enfants des verrines concoctées par le chef Frédéric Simonin et prêche pour la diversité des goûts. Le 18 octobre, il plaide pour le renforcement de la compétitivité des industries agroalimentaires à l’ouverture SIAL. Rien de contradictoire ?

Car l’industrie agroalimentaire continue à nous servir le discours de l’indépendance alimentaire française et des 7 milliards de bouches à nourrir pour justifier un productivisme à tous crins.
C’est un système bien verrouillé qui associe syndicat majoritaire (FNSEA), des coopératives géantes (Euralis, Maïsadour…), des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Sert-il l’intérêt des producteurs, des consommateurs, des contribuables et – très accessoirement – de l’environnement du pays, c’est à voir …
Il suffit de gratter un peu à propos de produits dit nobles comme le foie gras ou le jambon de Bayonne pour comprendre la logique du système. (Lire Jambon de Bayonne et Carrefour, quand le productivisme se pare de la vertu d’un signe de qualité). Remettre en cause le système, le critiquer, c’est s’exposer à promouvoir de produits pour bobos …

Ainsi l’industrie agroalimentaire française est autant la rivale que l’alliée objective de la grande distribution, principal débouché de ses produits. Or la France est l’un des pays du monde les plus saturés de supermarchés et d’hypermarchés*. Si l’on prend comme critère le bien-être à défaut du bonheur … ce n’est pas forcément ce qu’il y a mieux. Des relations humaines dégradées, des abords de villes enlaidis, c’est aussi cela la massification des flux. Pour imaginer à quoi peut ressembler le futur, il suffit de jeter un regard sur l’Amérique de Wal Mart. Plus le géant mondial de la grande distribution accumule les bénéfices, et plus le pays sombre. Si une corrélation n’est pas une explication, il y a des points troublants.

Comme l’expliquait le Point dans un dossier consacré à la grande distribution : 11 500 industriels, principalement des PME, et 570 000 agriculteurs font face à 6 centrales d’achat. C’est donc un tout petit nombre de gens qui savent maximaliser les bénéfices à leur profit, au détriment des consommateurs, des producteurs et des salariés. L’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires dont le dirigeant vient d’être nommé par Bruno Le Maire changera-t-il la donne ? On peut toujours rêver, mais la réalité est que sur le plan du rapport qualité/prix, il vaut toujours mieux privilégier l’achat à la source auprès du petit producteur que le linéaire.

*Ce suréquipement français en supermarchés et hypermarchés s’explique aussi beaucoup parce qu’il a été un des principaux contributeurs au financement occulte du système politique, de tous les partis. On se souvient de l’affaire Destrade et du financement du PS.

Il est urgent de réaffirmer le lien à l’agriculture, aux territoires et d’apprendre à la population à consacrer une part plus importante de son budget à la nourriture… On doit rompre avec un discours construit par des responsables qui ont vécu les privations de la guerre et s’en sont guéris par l’obsession de l’abondance et de la surconsommation.” expliquait Gilles Fumey, Maître de Conférences, géographe spécialiste des questions alimentaires, aux Echos le 11 octobre 2010.

 

 

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