La
répression accrue de l’alcool au volant
a fait chuter le chiffre d'affaires en vin de bien des
bistrots. Un chiffre d'affaires qui pouvait représenter
jusqu'à 30% du total. D'où la généralisation
progressive du vin au verre.
Pour certains ce n'est pas nouveau «J’en
ai toujours fait, confie Aimé Cougoureux, patron
de Ma Bourgogne place des Vosges, c'était d'ailleurs
l'apanage des bistrots à vins de pouvoir proposer à leurs
clients plusieurs crus à déguster ».
Aujourd'hui, c'est une solution qui semble
se généraliser.
Le
problème est qu’il faut du débit.
Même avec les nouveaux types de tire-bouchons à pompe
sensés stopper l’oxydation du vin, « une
bouteille ouverte qui n’est pas bue dans un délai
de quatre jours est fichue » confie Bernard
Roque-Bouges, patron du Petit Chavignol.
Pour le consommateur, le vin au verre
c'est parfait, puisque cela lui permet de doser sa consommation
et de découvrir facilement des crus. Reste deux
problèmes, la qualité du vin. Les bouteilles
chauffées aux néons ou au percolateur durant
trois jours, il y a mieux mais c’est surtout le
prix qui fait défaut.
Autre écueil
: le prix au verre
Croyant, rattraper leur chiffre d'affaires,
bien des bistrots se desservent en proposant des verres
de vins quelconques à des tarifs prohibitifs.
De deux choses l'une, soit le bistrot est capable de
mettre en avant un gaillac extraordinaire ou un
côtes-du-rhône envoûtant, de dresser
un portrait du viticulteur qui l'a élaboré et
de sa façon de travailler, soit, il pioche dans
le catalogue fournisseur de Richard ou de France-Boissons
et il assaisonne le consommateur. Un verre de buzet à 4€,
pour le consommateur, c'est une occasion de vérifier
qu'il est encore bon en calcul mental en établissant
le coefficient du bistro à 5. Si le vin est piqué,
c'est un client de perdu pour tous les bistrots.
Et puis, ne parlons pas des vignerons
qui font des efforts sur les prix et qui sont estomaqués
par les prix pratiqués par les bistrots. «Une
fois j’ai eu vraiment peur, j’ai vu un saint-emilion à 6€,
et là je me suis demandé combien le vigneron
vendait sa bouteille pour que le bistrot la propose à un
tel prix.. J’étais à côté de
la plaque, ce n’était pas le prix de la
bouteille mais du verre, et à ce prix-là,
on approche la sextuple culbute. » expliquait
Sébastien Carreau, producteur de côtes de
Blaye. Bref, à continuer dans cette direction,
il se pourrait bien que les bistrots traditionnels ambassadeurs
du vin français perdent leurs lettres de créance.
Baisser les prix du vin au verre ne conduit
pas forcément à la faillite. A preuve,
le souvenir de Ramponeaux qui fut le plus grand cabaretier
du XVIIIe et a fait fortune en appliquant cette
politique est là pour l'attester.
Laurent Bromberger