Le Grand Bistro

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A deux pas de la place Pereire, l’ancien Bistrot du XVIIe a fait place fin 2012 à un « Grand Bistro » une enseigne déclinée dans trois autres emplacements des 16e et 17e arrondissements. Les cadors de la restauration parisienne, Willy Dorr et son fils Gary, ne font pas dans le boui-boui…

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Si Roland Barthes vivait encore, il consacrerait peut-être un chapitre à cette façon habile de jouer avec des signifiants pour attirer des clients en quête de repères rassurants. Ainsi en va-t-il du terme « maison fondée en 1975 » sans oublier la couronne coiffant une fleur de Lys, le logo un chouia mégalo des patrons mais qui paradoxalement rassure comme les sagas monarchiques de l’hebdo « Point de Vue », illusion de la permanence.

Alors ce «Grand Bistro » surfe sur la bonne fortune du mot tout en se détachant totalement de son sens initial populaire. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le décor. Un tantinet chargé il évoque plutôt un Second Empire pour cocottes d’Offenbach qu’un troquet de Doisneau…

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Mais ce qui importe c’est la promesse d’une bonne soirée au restaurant à prix fixé d’avance. C’est ça qui aimante ses clients. Une formule « menu de fête du quotidien » niveau supérieur travaillée par Willy Dorr dès ses débuts dans la restauration parisienne. La nouveauté avec le « Grand Bistro » semble être l’affirmation du recours à des artisans connus comme gage de qualité.
Les clients ont vite fait d’analyser le tarif à 44€ du « Menu Signature ». En détaillant chaque poste, de l’apéro au café, on peut vite se convaincre d’une économie de 15 à 20€ par rapport à d’autres restaurants du même standing. De fait, l’endroit s’avère parfait pour des collègues de sortie ou pour un premier rendez-vous d’un Monsieur qui veut conquérir la demoiselle sans trop divaguer au plan budgétaire. Mais le gourmet se doit d’être prudent.

grand-bistro-entreeCar Grand Bistro n’est pas forcément synonyme de « grand palais ». Malgré les promesses de la carte, l’hétérogénéité domine. Le bon côtoie le moyen. Ainsi la salade d’artichauts de Paimpol ne restera pas gravée dans les mémoires. A tout prendre, mieux vaut lui préférer l’œuf mayo ou les escargots. Les rognons en revanche dans leur cocotte ont belle allure sur leur lit d’épinard et font leur effet en bouche. Ils collent au poteau un carré d’agneau plus banal. Par ailleurs, le tartare Desnoyer préparé s’avère bien troussé pour l’amateur. Même amplitude dans les desserts. Il y a un gouffre entre le dessert au chocolat de mamie Door et la fadeur des crêpes flambées au grand-marnier ou un mille-feuille aussi folichon que celui d’un resto d’entreprise de la Défense.

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Le vin de la formule, (1/2 bouteille par tête) est à l’avenant. On peut apprécier la vivacité de l’entre-deux-mers qui marche bien avec l’iode mais la tiédeur aigrelette du bordeaux rouge qui semble avoir été réchauffé au percolateur tempère l’enthousiasme.

Alors ? Alors, on aura beau pinailler sur quelques détails agaçants -pénurie de tagliatelles fraîches accompagnant la dorade à la plancha ou odeurs entêtantes des désinfectants venues toilettes en fin de soirée- dans l’ensemble entre amis ou collègues on passe un moment qui, à défaut d’être inoubliable, ne sera pas mauvais. Après tout le bistro, grand ou petit, est un temple du quotidien.

Le Grand Bistro – 108, avenue de Villiers – 75017 Paris – Tel. 01 47 63 32 77
Métro : Pereire
Ouvert 7/7

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