
la mode, la diététique et le tourisme.
La tendance des bistrots italiens
va de pair avec l’évolution
des goûts et des habitudes alimentaires de chacun. «Essayez
de faire manger un rognon de veau ou une andouillette de
Troyes à une ado, c’est devenu impossible
aujourd’hui alors que l’emmener manger une
assiette de pâtes c’est bien plus facile.» explique un patron. De
plus, l’heure est au grignotage. L’assiette
froide avec le rosbif mayonnaise ne passe plus. Tout comme
l’omelette ou le croque-monsieur. Le croque-poilâne
avait bien surfé un temps sur la mode du snacking,
mais la bruschetta emporte désormais la mise. Cette
tartine de pain grillée frottée d'ail, arrosée
d'huile d'olive et garnie de petits morceaux de tomates,
assaisonnée de basilic fait des émules. “Comme
pour le croque Poilâne, remarque ce restaurateur,
on peut y ajouter de nombreux ingrédients. D’où de
nombreuses variantes qui peuvent être proposées
sur une carte”.
Ajoutez à cela l’influence de la diététique
: les pâtes sont bonnes pour la santé, chacun
le sait. Et d’ailleurs, sur le plan agro-alimentaire,
si l’on gratte un peu plus, cette nouvelle vague
italienne est aussi un indice que l’Italie offre
encore, en tout cas pour les produits de base, un meilleur
rapport qualité/prix des produits. Des produits
plus sains et plus goûteux avec de meilleurs saveurs.

Une question de ratios
Le développement de ces bistrots italiens est aussi
et bien sûr économique. «C’est
une question de ratios, soutient Nicolas Richard, patron de Casa Luca, une "trattoria de luxe" de l'avenue Marceau. L’Italie
permet les meilleurs.» Il est vrai qu’il est
plus intéressant de vendre une pizza à 15
euros qui n’en aura coûté que 2 euros
(soit 7 fois la mise) qu’un coca payé 2€ qu’on
peut revendre 6 € (X3). Le cabillaud acheté 20€ le
kg et qu’on essaye de vendre à 25€, ça
devient difficile. Reste que le snobisme a ses limites
et les pizzas à 25€ comme dans certains coins
du VIème peuvent avoir du mal à passer auprès
de consommateurs...
Mais attention, si les ratios sont
tentants, ouvrir un bistro italien n’est pas synonyme de facilité.
Et la cuisine italienne ne se réduit pas à la
pizza napolitaine ou aux spaghettis bolognaise. Si la cuisine
italienne tout comme la langue italienne semble être
facile à manier, la réalité est toute autre. Certes la cuisine est moins complexe que la
cuisine française mais elle est beaucoup plus subtile
et qualitative et dévoreuse de temps, en tout cas quand on veut bien faire. Avec l’Italie, même s’il
y a des plats qui exigent un savoir-faire certain, la vraie
différence ne se fait pas sur la maestria du chef
mais sur la qualité du produit servi.
Un bistrot pourra faire un bon bourguignon
ou une bonne blanquette avec une viande de moyenne qualité. Proposer
une tomate mozzarella avec une tomate sans goût,
une mozzarella élastique et jaunâtre à la
place d’une du Bufflone à la pâte
filée, d'un blanc éclatant et fondante, cela
ne passe pas. Un plat italien doit être fait
avec sérieux en respectant à la fois la qualité des
produits (chaque produit doit être rigoureusement
sélectionné) et les traditions. Le parmesan
râpé, le sel, le poivre, le citron, l'huile
d'olive, le basilic, l’origan et sarriette ne se
mettent pas sur n'importe quel plat. De même
les pâtes ne peuvent être cuites n’importe
comment.
Pour ce qui est du risotto, là aussi il n’y
a pas droit à l’erreur. (lire l'interview de Laura Zavan) Les grains de riz
doivent être épais et "al dente",
presque croquants et se détacher les uns des autres.
Alors que le groupe Flo a annoncé la fin programmée
des bistrots romains d’ici trois à quatre
ans, les nouvelles affaires italiennes semblent quant à elles
surfer sur une tendance