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Philippe Leclercq, patron à contre-courant

Avec son associé Didier Delaunay, Philippe Leclercq a créé il y a un an et demi un ovni dans le petit monde de la restauration parisienne. C’est le Café banal, connu pour son tarif unique : 1,50 €, que ce soit pour un demi, un apéritif ou une cuisse de poulet.

Et ça marche… le Café banal écoule 500 hectolitres de bière par an et il est souvent difficile d’arriver jusqu’au bar tant c’est bondé. Pour Philippe Leclercq, il est clair que « ça marche, seulement, il faut faire du volume ».

Le patron du Café banal n’hésite pas à aller à contre-courant et à défendre vertement les 35 heures : « tout le personnel est à temps complet aux 35 heures et pour ça on ferme tout le week-end et on tire le rideau à minuit en semaine. » Et Philippe Leclercq d’ajouter que son salaire mensuel est de 1800 euros, en jetant un petit coup d’œil vers la statue de Lénine qui trône sur le piano.

« On a ouvert un bar de quartier, on ne gagne pas d’argent, on gagne sa vie », philosophe le patron. Pour lui, l’ouverture de son troquet était un acte politique, car le mot « banal » est à entendre au sens propre de « ban », de cité. Un projet utopique qui est né de sa rencontre avec Didier Delaunay, maître d’hôtel de métier. Ils se sont rencontrés… dans un café !

« On a remarqué que beaucoup de clients de bars boivent du café alors qu’ils n’aiment pas ça, parce que c’est ce qu’il y a de moins cher. Alors on s’est mis à rechercher la vraie valeur d’une consommation. Le salaire moyen est en France de 6 €, donc en fixant les prix à 1,50 €, ça correspond à un quart d’heure de travail, c’est raisonnable », explique ce patron.

Si Philippe Leclercq est si novateur, c’est qu’il ne vient pas du milieu de la restauration. Originaire de Meaux, d’une famille qu’il qualifie de « petit bourgeoise » (ses parents sont phyto-généticiens) : il est l’enfant terrible qui s’en va à 15 ans et demie après le bac. Il accumule les petits boulots et escroque des banques : ça lui coûtera des années de cavale jusqu’aux Etats-Unis en passant par le Centrafrique, puis finalement 27 mois à la prison de la Santé. Il y écrit un ouvrage sur la restauration en prison, cuisine entre 4 murs, aujourd’hui épuisé. Un parcours pour le moins atypique pour ce patron bedonnant de 45 ans qui semble aujourd’hui « rangé », heureux de discuter politique au comptoir de son troquet.  

Stéphanie Malek

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