Le retour en grâce du
pain dans les bistrots

Le
pain dans un bistrot, c’est un signe qui trompe
rarement. Un morceau rassis ou élastique servi avec
parcimonie alerte le client d’une mesquinerie de
mauvais aloi. Et l’on sait que le diable bistrotier
se cache dans ce genre de détails…
Inversement, une corbeille généreuse emplie
des morceaux tirés d’une baguette savoureuse
est déjà une belle promesse. C’est
déjà le levain d’un bon moment, on
y verra un bistro généreux et soucieux
de ses clients.

Car avec un tiers de baguette consommé en
moyenne par client, le pain est un sacré coût
fixe, dont certains patrons se passeraient bien, tant les
prix du pain n’ont cessé de croître à Paris.
Mais comment renoncer à deux millénaires
de civilisation panificatrice …sauf à servir
des sushis.
L’histoire récente montre
que boulangers et bistrots partagent un destin et des
desseins communs.
Voilà vingt ans, on croyait ces deux institutions
en grand danger, sous la double attaque des pains de mie
sous vide ou/et autres Wasa, d’une part, et des fast-foods
de l’autre.
Et puis, des précurseurs suivis par des dizaines
d’autres ont sonné la revanche du pain parisien
qui allie retour aux sources, innovation et qualité.
A tout seigneur, tout honneur, c’est Lionel Poilâne
qui a initié le mouvement dans les années
70, suivi par d’autres tels qu’Eric Kayzer
ou Jean-Luc Poujauran.
Lionel
Poilâne avait bien vu l’alliance
objective de ses pains et des bistrots, ses meilleurs ambassadeurs.
Quel bistrot ne fait pas aujourd’hui sa tartine poilâne
baptisé le « Croq poilâne ».
Mais si l’on cite les grands, les petits boulangers
de quartier n’ont pas dit leur dernier mot. La créativité sur
le pain n’a cessé de s’amplifier. Et
les boulangers parisiens comptent parmi les artisans-commercants
les plus prospères de la capitale. Et vis-à-vis
des bistrots, ils savent souvent se rendre irremplaçables,
car un bistrot sans pain à 13h15, c’est un
drame que le client ne supporte pas.