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Paul Boubal, patron du Flore (2/4)

Entretien avec Christophe Boubal, petit-fils de Paul, et auteur de Café de Flore, l’esprit d’un siècle. (entretien réalisé le 18 janvier 2005)

Comment expliquez vous cet engouement pour le Flore durant les années cinquante et soixante ?
Si le Flore est devenu un lieu privilégié de l’élite, c’est parce que mon grand-père, Paul Boubal, faisait corps avec son café. C’était la passion de sa vie. Boubal l’avait personnifié comme Marcellin Cazes personnalisait Lipp. Boubal vivait pour son café, il habitait en face, il le surveillait à la jumelle quand il était chez lui.



Pourtant ce que vous écrivez sur l’âge d’or du Flore, pourrait être repris pour décrire Lipp à la même époque car il s’agit souvent des mêmes clients ?

Tout ce qu’il y a dans ce livre, je le tiens, de mon grand-père avec qui j’étais très proche, de ma mère et de mon père. Il ne s’agit pas d’opposer les trois affaires germanopratines. Disons que les Deux Magots étaient davantage un lieu de passage, et Lipp, plutôt un restaurant. Au Flore, il y avait des groupes de travail, l’endroit est plus petit plus ramassé, il donne l’impression d’une présence permanente. Quand mon grand-père a racheté le Flore, il avait 31 ans, il était donc de la même génération que tous ses clients célèbres, c’est ce qui explique qu’il ait créé autour de lui un réseau de sympathie peut-être plus fort que d’autres avec les Prévert, Vian, ou Sartre. Même s’il n’avait pas un grand respect pour l’écriture. Il leur prêtait de l’argent, leur rendait service. Une fois par exemple, il a été chercher Blondin au “violon“. Comme il était toujours là, il faisait en sorte que tous ses clients se sentent bien, c’était un bon calcul pour l’avenir. Boubal qui était près de ses sous pour sa famille avait la réputation de prêter de l’argent aux clients (voir le dernier album de Tardi).


Justement, la réputation du Flore a vraiment décollé avec l’Occupation. On ne peut pas vraiment dire que le Flore était un café collabo ?

Dans Paris occupé, le Flore avait la réputation d’être un îlot de résistance passive. Quand un Allemand entrait, les clients faisaient silence et il sentait vite qu’il n’était pas le bienvenu. Mon grand-père n’aimait pas les Allemands. Un jour, ma mère, alors petit petite fille, a bloqué le passage à un SS qui se rendait aux toilettes. Quand l’Allemand lui a demandé pourquoi, ma mère lui a répondu, que “c’était interdit aux Allemands parce qu’ils étaient méchants“. Les semaines suivantes, mon grand-père (ci-dessus de profil avec Juliette Greco) a quand même eu la frousse d’être convoqué.


suite

 

Avec Café de Flore, l’Esprit d’un siècle, Christophe Boubal passe en revue avec une infinie nostalgie cette période où l’esprit français concentré à Saint-Germain des Prés avait encore des lettres de noblesse. Evidemment le livre fourmille de ces dizaines d’anecdotes et de portraits de célébrités qui se sont croisées sur ses banquettes. L'ouvrage échappe difficilement au panégyrique de ce grand-père qu’il admire. Mais comment en vouloir à ce petit-fils dont le grand-père a vu le tout Paris se presser dans son café.