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Histoire d'une saga: les aveyronnais
de Paris 2/2

Le pays dans la peau
Plus
stupéfiant, nombre de Rouergats regrettent
d'être nés à Paris. « Enfant,
j'ai gratté ma Carte d'identité pour
faire disparaître Paris comme lieu de naissance
et inscrire à la place Bozouls au stylo plume
mais ça avait fait un gros pâté »,
raconte par exemple Jacques Mélac, fondateur
d'un des plus célèbres bistrots à vin.
Les Pastourelles de l'Aveyron, filles de limonadiers de la capitale,
ne sont pas en reste. « Notre cur reste au pays »,
proclament-elles véhémentes
La destinée de la plupart
de ces familles aveyronnaises, installées
dans la capitale, est très souvent riche en
rebondissements et en ruptures de tout ordre. Ces
sagas se développent sur plusieurs générations,
du premier porteur deau monté à la
capitale, voilà plus de 150 ans, en passant
par les bougnats, vendeurs de charbon et de vin,
dont les enfants ou les petits-enfants sont aujourd'hui à la
tête de grandes brasseries. Bref, la place
occupée
par les Rouergats dans les métiers de la limonade
n'est pas due au hasard, mais bien à un acharnement
et à une solidarité de toute la communauté durant
des dizaines d'années sur cette terre d'émigration
qu'est devenue Paris.
Fidèles plus que d'autres au dicton « Aide-toi, le
ciel t'aidera », nombre d'entre eux ont suivi un parcours
classique dicté d'abord par des considérations démographiques.
Quand il y avait trois frères à la ferme, l'un la
gardait et les deux autres montaient à Paris. Le phénomène
a perduré jusqu'aux années soixante.
Témoignages :
« Avec
six copains, on est monté à la capitale à la
fin de la guerre d'Algérie en 1962. J'ai été hébergé chez
une tante, d'autres chez des parents. »
« De toute manière, nous savions que nous pouvions compter sur des
points de chute ».
Il y avait aussi les « Parisiens » ceux qui
avaient déjà leur bistrot à Paris ,
qui descendaient au pays l'été et remontaient avec
un jeune du village.
« Aujourd'hui, vous pouvez vous accrocher, explique un patron, pour faire
remonter des jeunes du pays. »
Les temps changent.
LB
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Sagas
de bougnats et de porteurs d'eau.
Ces émigrés
de l'intérieur étaient le plus souvent issus
de la «Montagne ». Le terme désigne
les arrondissements du nord du département : Aubrac,
Carladès, et vallée du Lot. Seuls dans la
grande ville, les Rouergats ont vite fait de s'organiser
en amicales à partir de leurs villages.
Dans les deux derniers bougnats de la capitale, celui de la rue
Lepeu dans le 11e et dans celui du 7e, on peut encore rencontrer
ces livreurs de charbon à la retraite qui évoquent
leurs corvées d'antan lorsqu'ils fallaient grimper d'étroits
escaliers avec, sur l'épaule, un sac de charbon de 50 kg.
Sacs qui devenaient encore plus lourds par temps de pluie. |