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>> Les ficelles du métier
Raymond Costes : la fierté d'être
garçon (2/2 )
Avec sa trombine
et sa faconde, Raymond représente souvent la maison Deux
Magots à l’extérieur. C’est vrai lors
des festivals littéraires. Cela vaut aussi lorsque les
Japonais rachètent le nom Deux Magots pour monter la même
affaire à Tokyo.
Raymond y a passé deux mois pour initier les garçons nippons au
service à la française. «On n’entendait pas une mouche
siffler. » Ce n’est plus vraiment le cas avec ses jeunes collègues
français.
L’ambassadeur
«Ils n’ont pas ce contact que l’on essaye d’établir
avec le client. Ils sont pressés, ils veulent d’abord faire du chiffre.
Ils ne prennent pas soin des tables » Il l’avoue à demi-mots,
mais cette logique du rendement généralisée est initiée
par le haut. Et elle tend les rapports humains.
Un service gage de la civilisation
Si les Japonais, peuple délicat et formaliste, ont fait venir Raymond
et d’autres pour les former, c’est bien parce que les Deux Magots,
sont restés une dernière valeur sûre pour ce qui est du service,
et du respect d’une tradition.
Un exemple : que l’on commande un whisky ou un verre de Bordeaux, le garçon
apporte la bouteille sur le plateau vous le servir. Ce genre de service est aussi
le gage que l’on sert au client ce qu’il a demandé. Ce qui
n’est pas toujours le cas, lorsqu’on commande un verre de vin.
Ce service stylé se répercute sur les prix. Le café à 3,81
(25 francs), le Kir à 6,10 (40 F) ne sont pas à la portée
de toutes les bourses.
«A
ce prix-là, les clients sont très exigeants. »
Inversement, d’autres prennent leurs jambes à leur cou lorsqu’ils
reçoivent l’addition. Raymond doit alors courir sur le parvis de
l'église de Saint-Germain des Prés.
La familiarité n’est pas non plus de mise. «Ici on sert rarement
la main aux clients » Raymond sait à qui il a à faire du
premier coup d’œil.
Et puis il y a des règles non dites à respecter. «Si vous
avez un client que vous avez vu avec une femme le matin, revenir le soir avec
une autre, il vaut mieux lui épargner les formules type “rebonjour,
ou comment ça va depuis ce matin ? “»
Il y a aussi de ces très bons moments. Comme cette histoire de couple
de Russes venu à Paris fêter ses vingt ans de mariage et qui a bondi
de joie en voyant Raymond et en lui apprenant qu’il les avait déjà servis
vingt ans auparavant. Ou encore des scènes à la Lelouch comme celles
de ce client, un soir de la Saint-Sylvestre qui a un rendez-vous avec une femme à 19h.
La femme se faisant attendre, le client commande et consomme jusqu'à minuit.
Finalement dépité par ce lapin, il donnera à Raymond le
manteau de fourrure qu’il avait apporté pour sa fiancée.
Laurent Bromberger
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Avec sa trombine et sa faconde, Raymond
représente souvent la maison Deux Magots à l’extérieur.
La
fibre pays mise à mal par le déclin de l’amicalisme
Raymond a la fibre pays. Lors du marché de Bercy, il joue les porteurs
d’eau Il est vice-président de l’amicale de Mouret, Pruines,
Villecomtal, et Muret le Château qui va bientôt fêter ses 100
ans. Il est bien obligé de constater le déclin de l’amicalisme
dans l’époque actuelle.
«Quand j’étais jeune, à chaque banquet, nous étions
500 aux Salons Delbor -où j’ai rencontré mon épouse
originaire de Sénergues.
Aujourd’hui, comment voulez-vous faire un banquet à 120, cela suffit à peine à payer
l’orchestre.
Et il n’y a plus personne qui monte du pays. Et c’est vrai que nos
enfants n’ont pas grand-chose à faire des discours du président
d’honneur. Le seul moyen de s’en sortir c’est de fusionner
les amicales. »
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