Interview de Lyne Cohen-Solal
Entretien réalisé le 5 octobre 2005

Adjointe au Maire de Paris, chargée du Commerce, de l’artisanat, des Professions indépendantes et des Métiers d’art, Lyne Cohen-Solal négocie avec les syndicats de cafés tous les aspects de la vie professionnelle des cafés. Droits de terrasse, etc..
Un petit point sur la situation.

Vous êtes assez bistro ?
C’est un endroit important dans la vie, j’y ai passé des longs moments quand j’étais étudiante. C’est un lieu qui inspire et qui respire la vie. Aujourd’hui encore, dès que la journée commence, je me rends à mon petit bistrot, la Bonbonnière, à côté de chez moi, mais j’aime bien aller  au Flore ou le Select. D’une façon générale, les bistrots ne comptent pas pour peu dans la personnalité de Paris.

 

Quels sont les points chauds dans les négociations avec les bistrots ?
C’est évidemment l’augmentation des droits de voierie, c’est-à-dire les locations pour les droits de terrasse. Nous les avons augmentés de 20% en quatre ans. Comparé aux autres métropoles européennes, nous étions très en retard. Je ne pense pas que le m2 de terrasse aux Champs Elysées à 2 €, soit vraiment scandaleux.

Depuis 1985, il n’y avait pas eu de révision de la classification des voies, qui définit le montant des droits de voieries payé par les cafés. Du coup, on aboutissait à des aberrations, où des petits bistrots payaient des droits de voieries plus élevés que d’autres installés dans des quartiers très courus type Bastille. Nous avons revu le système mais on ne peut pas dire qu’on a été virulent, sur les quelques 5000 voies de l’agglomération parisienne, seules 300 ont augmenté.

Nous avons également légalisé les terrasses fermées qui n’avaient aucune existence légale. Alors qu’on aurait pu les interdire.

Les bistrots vous en veulent sur la largeur des terrasses ?
La largeur obligatoire à laisser pour les piétons est passée de 1,60 à 1,80 m, ceci pour faciliter le passage des handicapés. Désormais les terrasses sont alignées et matérialisées sur le sol, par un système d’écrou.

Il y a les terrasses, il y a aussi les problèmes avec les riverains qui se multiplient ?
C’est souvent lié à une certaine montée de l’égoïsme des gens, et à une crispation vis-à-vis de l’autre. Mais si on tente la concertation, avec tous les partenaires y compris des architectes de la Ville de Paris, cela donne de bons résultats. Comme cela s’est produit rue du Trésor, où il y avait de gros problèmes de voisinages avec les terrasses. Après concertation entre toutes les parties et avec le concours d’architecte de la ville, la Rue du Trésor a été réaménagée avec des plantes et un réalignement des terrasses. Preuve que quand on veut, on peut.

Avez-vous déjà pris un arrêté d’interdiction de terrasse ?
Peut-être une fois, en revanche, j’ai autorisé des terrasses, là où on ne pouvait pas en principe en installer. Par exemple lorsque le café avait à côté un mur aveugle. Pourquoi, parce que je suis convaincu que les cafés et leurs terrasses apportent la vie.

Certains partons de grands cafés constituaient des soutiens très forts à l’équipe municipale précédente, l’avez-vous ressenti lorsque vous avez pris vos fonctions ?
Je ne l’ai jamais vu comme ça.  En revanche, j’ai découvert certains mécanismes butoir qui existaient depuis 1982 et qui permettaient à certains cafés d’être protégés contre les augmentations de droits de voierie au contraire des autres. Cela va être remis en cause, et pour une soixantaine d’entre eux, ils devraient sentir passer l’augmentation.

La disparition des cafés, remplacés par d’autres commerces, banques, chaînes de fringues, est-ce inquiétant ?
Ce n’est pas dans les cafés que l’on voit le plus grand nombre de disparition, comparé aux bouchers par exemple. Mais il faut dire également qu’autant d’autres professions viennent nous voir, autant les cafés viennent rarement nous consulter. Alors que nous serions prêts à aider les jeunes par des prêts d’honneur.

Et l’accueil ? Et les prix ? Le tabac ?
C’est vrai qu’il y a eu des efforts sur l’hygiène, il n’y a presque plus de WC à la turc mais il reste encore à faire. Moi, j’aime bien l’apéro, ça me permet de souffler, et j’aimerais bien que l’on me serve autre chose que des cacahuètes. De même, il faudra bien que la loi sur les lieux non-fumeurs soient appliquées. Les bistrots devraient comprendre qu’ils ont tout à y gagner.