Pernod aurait-il peur de son absinthe ?

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Renie-t-on ses aïeux ? Sans l’absinthe, Pernod-Ricard serait-il le premier groupe mondial de spiritueux ? L’interdiction de 1915 poussa Pernod dans l’anis – rejeton non souhaité de l’absinthe. Puis, il y eut la lutte avec Ricard avant la fusion de 1974.

Aujourd’hui, le N°1 mondial des spiritueux se montre bien peu reconnaissant avec la boisson qui fit la fortune de Pernod. Une chose est sûre, le fondateur Henri-Louis Pernod doit s’agiter dans sa tombe. Certes, Pernod commercialise bien depuis 2001 un Pernod aux extraits d’absinthe titrant 68°. «Notre absinthe est très proche de la recette d’avant 1915 » assure Mélanie Bardeau, chef de produit Pernod. Pas de détails sur la fabrication. On sait juste qu’elle est fabriquée à Marseille. Ce qui fait dire à certains, qu’on est vraiment très loin du produit originel.

absinte_usineMais le moins qu’on puisse dire est que Pernod-Ricard ne se bat pas pour la faire connaître. Du coup, son extrait d’absinthe demeure un produit confidentiel. «L’absinthe est un produit de niche sur un marché fragmenté en France, analyse Mélanie Bardeau, nous préférons donner la priorité à l’export. » En tout cas, à part quelques bars chics de la capitale, Pernod ne donne pas de fontaines à absinthe. Il les réserve à ses clients, notamment aux Anglo-saxons.

Les concurrents en veulent à Pernod de ne rien faire pour l’absinthe. Par exemple pour que l’usage du nom soit à nouveau autorisé. «Si Pernod-Ricard, avec son poids, avait fait pression dans les ministères voilà longtemps qu’il y aurait une appellation absinthe. Mais ils ont peur de l’absinthe. Ils craignent les problèmes. Et n’oublions pas non plus que l’actuel patron du groupe Ricard, est issu de la famille Ricard, la branche pastis » explique un initié.

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En attendant, Pernod se tourne vers les USA où, depuis 2007, l’absinthe fait un malheur à l’initiative de petites distilleries européennes telles que Combier ou Kübler. «C’est de l’opportunisme. Ils ne sont pas capables de relancer leur produit dans le pays qui a fait sa fortune, mais ils prennent le train en marche Outre-atlantique. » confie le suisse Yves Kübler en tête du marché américain de l’absinthe avec le français Combier qui fabrique la Lucid. Nul n’est prophète en son pays…dit le dicton.

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