Costa Rica, adieu mon caféier ?

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costa_RodrigeInterview de Rodrigue Vargas,Directeur général de la société Doka.

Rien ne va plus au Costa-Rica ! Le café qui fit la fortune du pays à l’aube du XXe siècle rencontre aujourd’hui de sérieuses difficultés. Les cours bas, la concurrence des pays producteurs moins développés, sans oublier le réchauffement climatique font chuter la production. Ici, tout est planté et cueilli à la main, contrairement au robusta brésilien souvent mécanisé.

Doka est l’une sociétés de café costaricaines les plus renommées.L’entreprise développe une gamme de cafés torréfiés et bios baptisée Tres Generaciones avec des plantations modèles sur les pentes du volcan Poas.
Son directeur général, Rodrigue Vargas,arrière-petit fils du fondateur, fait le point.

Le café du Costa-Rica semble vivre des temps difficiles malgré sa bonne réputation…
Nous vivons des temps très durs. Il est de moins en moins intéressant de produire du café. Bien des Costaricains abandonnent le café et se tournent vers l’ananas, la canne à sucre ou l’immobilier. La production du café Costa-Rica a diminué de 1,5 million de sacs en dix ans, soit une perte de 10%/an. Le pays ne produit plus que 2 millions de sacs.
Notre prix de revient est supérieur de 15 % au prix de marché. Quelle entreprise peut supporter ça ? Nous avons des coûts incompressibles de main d’œuvre car la récolte se fait et à la main et par quatre passages successifs. Mais voilà nos coûts de main d’œuvres sont deux fois plus élevés qu’au Nicaragua ou à Panama…

costa_paquetJustement n’essayez-vous de délocaliser une partie de votre production dans les pays voisins ?
Impossible d’aller au Nicaragua car il n’y a aucune sécurité juridique. La terre qu’on achète un jour peut nous être reprise le lendemain. Et il n’y a pas de réseau électrique. Peut-être le Guatemala…

Cette situation difficile explique-t-elle pourquoi vous avez ouvert votre usine et votre plantation aux visiteurs ?
Oui, nous organisons des visites pour faire connaître notre façon de travailler et notre café torréfié. Nous avons constaté que de retour chez eux, 10% des visiteurs nord-américains commandent notre café bio.

Le marché du café pour les pures origines, c’est un peu comme le vin avec les origines contrôlées , vous orientez-vous dans cette direction ?
Oui, nous savons qu’une bonne appellation peut permettre de vendre 40% plus cher. Au Costa-Rica nous avons le tarrazu et nous travaillons sur le dossier des appellations avec d’autres producteurs costaricains en nous appuyant sur l’exemple des vins espagnols . Mais c’est un processus très long car le vin comme le café change chaque année. Il nous faut travailler notre image de qualité et mettre en avant les altitudes de nos plantations. Très difficile…

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La météo demeure votre principale préoccupation ?
C’est le paramètre qui m’inquiète le plus. Le niveau des précipitations a doublé ces deux dernières années. Il devient très difficile de maintenir la qualité. Comment s’engager sur un investissement de plantation, sur des choix de variétés ? Quand on plante, on s’engage sur 50 ans et la première récolte optimum a lieu 5 ans plus tard. Avec le réchauffement planétaire, il devient impossible de prévoir. Le Costa Rica n’est pas le seul pays touché par le réchauffement. Des collègues brésiliens sont eux frappés par la sécheresse.

Quels sont les marchés stratégiques ?
Nous nous orientons de plus en plus vers des cafés bio et vers des niches à l’export comme le Canada. Ces 5 prochaines années, nous allons développer des nouvelles lignes peut-être avec de l’arabica éthiopien permettant un goût plus chocolaté. Mais l’Europe reste difficile à pénétrer. On paye 25 % de taxes douanières quand on veut y exporter du café torréfié. Car le café est un gros business tenu par les torréfacteurs, ils veulent juste la matière brute. Surtout pas le produit transformé.

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