Amertume apéritive, la contre-attaque de Suze et consorts

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suze_bouteilleA l’apéro, l’amertume n’est plus de mise. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. C’est un effet de plus du formatage des palais par l’agroalimentaire vers plus de fadeurs douceâtres et sucrées. C’est vrai pour les fromages comme pour les vins. Et c’est encore plus vrai pour nos apéritifs à la gentiane -dont l’Auvergne n’est pas avare en racines- en déclin depuis trente ans.

Ainsi en va-t-il de la Suze. Dieu sait si elle a irrigué l’imaginaire collectif français grâce à ses pubs peintes sur les façades d’immeubles et ses collections d’objets bistrots. Même Picasso- dans sa période cubiste- a donné son nom à un collage.

suze_picassoLa Suze est un alcool français ! Le goût amer de la gentiane est un trait caractéristique de l’Hexagone difficilement exportable. «La Suze entre dans la catégorie des amers blonds, les amers gentiane ont du mal à conquérir les moins de 50 ans.» explique-t-on chez Pernod. Et pourtant la maison-mère de Suze qui l’a rachetée en 1965, n’a pas ménagé ses efforts pour la maintenir. Mais hélas, depuis le record de 1982 avec 15 millions de bouteilles vendues, la chute a été sévère. Il ne s’en vendait plus que 6 millions en 2006, et sans doute 5 en 2011… Peu à peu, la Suze disparaît de derrière les comptoirs.

Leader des apéritifs à la gentiane devant l’Avèze et autres Salers, Pernod, déjà confronté à une chute structurelle de la consommation d’anis, ne se résoud pas à ce déclin. En 2004, il avait déjà baissé le titrage de sa Suze de 18 à 15° de façon à profiter de l’avantageux régime fiscal des boissons assimilées au vin et répondre aux attentes de de la grande distribution.

suze_objet«Aujourd’hui, la Suze, ça repart, mais ça passe par des voies détournées. Par exemple dans une série américaine où elle est devenue très tendance » explique César Giron, président de Pernod. Depuis un an, ses équipes ont entamé un travail de remise de la Suze au goût du jour. D’abord par une déclinaison de la gamme. A une Suze aux fruits rouges est venue s’ajouter une Suze rétro baptisée Saveur d’Autrefois titrant 20° et même une Suze bière façon de faire la nique au Picon très consommé dans le Nord et l’Est et propriété du N°1 mondial, Diageo.

 

Suze, le diminutif d’une belle-soeur.suze_affiche-1
Les belles-soeurs peuvent faire de jolies muses. Ainsi en allait-il sans doute de celle de Fernand Moureaux, distillateur à Maison-Alfort, qui baptisa son alcool de racines de gentiane du diminutif de sa belle-sœur, Suzanne. La Suze fut lancée la même année que la Tour Eiffel. D’ailleurs, c’est la même recherche de modernité qui avait présidé à sa naissance. Son concepteur cherchait à sortir des apéritifs de vins et à surfer sur la mode des amers initiée par le quinquina. Il se tourna donc vers la liqueur de gentiane. A peu près au même moment, on concevait la Salers.

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